Une chronique de Christophe Dechêne. Instituteur, directeur d'école primaire.

La classe de Medhi en cinquième primaire et celle d’Issam en première travaillent en tutorat. Élisa fête ses 8 ans et partage avec les élèves de sa classe un gâteau fait maison. Sur le temps de midi, Lina, comme d’autres élèves de sixième, aide sa filleule de 6 ans à mieux lire. Hansel a rejoint les ateliers d’escalade, Kaïs ceux d’espagnol. Les 17 enfants du Conseil d’école planchent sur de nouveaux projets en rapport avec le climat. Ceux du degré supérieur finalisent leur voyage de dix jours en Aubrac. Ces réalités vécues par les enfants remontent à un an déjà, juste avant la première suspension des cours dans les écoles. Aujourd’hui, pour les élèves, la majorité des projets de la vie scolaire sont à l’arrêt. "Houston, we have a problem." Au vu de la complexité de la situation sanitaire, les décisions sont difficiles à prendre pour nos politiques, pourtant il faut faire des choix.

Mais nos enfants en âge d’école primaire ne sont-ils pas moins impactés que leurs aînés puisque les cours ont lieu chaque jour en présentiel et qu’ils y viennent sans masque ?

Pas si sûr. Alors, que pensent vraiment nos 10-12 ans, eux qui se heurtent comme nous aux limites imposées par les règles sanitaires lorsqu’ils veulent donner du sens à des projets rassembleurs favorisant le développement d’un tissu collectif ? Voici les retours les plus significatifs de 120 enfants, exprimés au travers de 4 questions ouvertes. Ils expriment avec justesse et nuances ce qu’ils vivent et cela interpelle.

Leurs ressentis

Pour plusieurs d’entre eux, "c’est une période très dure et triste à la fois. Le Covid pourrit toutes nos journées. J’en ai marre ! La vie est nulle". La dégradation de leurs relations les inquiète : "Nous ne pouvons plus être aussi proches de nos amis. Notre institutrice porte un masque, c’est moche. Ça n’a pas de sens de ne pas pouvoir changer les places alors qu’on joue ensemble dans la cour ! Les repas de midi sont pris en classe et plus dans le réfectoire, c’est moins bien. S’occuper des petits me manque ! On ne peut plus faire de bisous."

Par contre, ce qui les réjouit le plus, ce sont bien entendu les amis. Ils insistent sur le fait que "dans la vie, on a besoin de contacts. C’est important de rencontrer d’autres personnes". Ils précisent que "vivre seul n’est pas simple, il faut s’entraider" et soulignent qu’ils prennent désormais mieux soin des autres.

Autonomie et conscience

S’ils mettent en avant leur respect des mesures sanitaires, ils partagent surtout cette intime conviction que l’école est porteuse de sens : "J’y apprends de nouvelles choses. Nos instituteurs nous motivent ! On y rit. C’est mieux d’être à l’école qu’à la maison. Nous avons de la chance de pouvoir y aller." Ils témoignent de l’autonomie acquise : "Confiné, j’ai appris à mieux me débrouiller pour mes devoirs. Je suis devenu plus autonome qu’avant."

Pour certains, une autre maturité les a gagnés : "Dans la vie, il y a des obstacles, comme le Covid, on doit les surmonter. Ce n’est pas parce qu’il y a le virus que tout s’arrête. On se protège, il faut continuer à vivre. Ne jamais renoncer, même dans les périodes difficiles, il y a toujours une solution. La vie peut toujours être pire. Il faut rester fort."

Libertés

Cette conscience d’un monde interdépendant, ils l’expriment parfaitement : "Du jour au lendemain, de nouvelles pandémies peuvent arriver. Nous devons toujours être préparés à quelque chose, à l’i mprévu." Enfin, les propos qui nous ont le plus marqués ont une portée philosophique : "C’est bien que l’école continue mais on a quand même l’impression de ne pas pouvoir être libres. Il n’y a plus de sorties scolaires et autres rassemblements."

Ce débat entre santé et libertés n’était donc pas l’apanage de nos seuls cercles d’amis ! Penser que des enfants peuvent s’emparer de ces questionnements nous séduit. Éduquer, c’est élever l’enfant, le conduire à construire cette notion de liberté qui ne prend sens que si les choix sont faits à plusieurs et que chacun peut y participer. Alors, pour eux et pour notre avenir, osons assouplir certaines règles, particulièrement celles qui permettent la construction de participations collectives et solidaires. L’école ne prépare pas à la vie, elle est la vie. Cette pédagogie où l’on apprend avec et de ses pairs est essentielle et se décline avec la prudence requise mais autrement qu’en code rouge.