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Une opinion de Bernard De Vos, délégué général aux droits de l'enfant et une soixantaine de cosignataires.


Crédits photo: D.R.

La gratuité effective de l’enseignement ne constitue pas un remède miracle contre tous les maux dont souffre notre école. Elle est cependant essentielle pour des raisons de justice sociale et de lutte contre la pauvreté.

N’est-il pas étonnant de voir une quarantaine d’associations et une vingtaine d’universitaires se mobiliser pour réclamer la gratuité d’un enseignement supposé l’être ? N’est-il pas vraiment inquiétant d’entendre des parents rapporter les humiliations subies par leurs enfants pour défaut de payement d’une école… gratuite ? Non ! Car il existe une entourloupe qui fait que notre école puisse être gratuitement payante, et, parfois, très chère. C’est donc l’accès qui est gratuit, mais le service lui-même est payant. De cette brèche découlent des pratiques qui permettent à certaines écoles d’écarter des enfants en situation de précarité. Les voyages scolaires à l’étranger et autres projets coûteux seront jugés indispensables par des écoles désireuses de s’aménager une clientèle nantie contribuant, par là, à faire de notre école la championne des inégalités qu’elle est.

Mais le Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, le Délégué général aux droits de l’enfant et les autres signataires du courrier récemment adressé aux formateurs des gouvernements wallon et bruxellois ont surtout voulu insister sur ces frais structurels qui grèvent les budgets des plus défavorisés. Il s’agit de frais de garderie, de cantine, de piscine, de collation, de place pour prendre le repas de midi ou d’autres activités extra-muros.

420 000 enfants vivent sous le seuil de la pauvreté en Belgique. Pour les parents de ces enfants, ces frais constituent ce mur que le législateur a voulu abattre en supprimant le minerval. Pour une famille monoparentale devant se débrouiller avec le salaire minimum du parent travailleur, l’obligation scolaire devient rapidement impayable. Aux tensions à la maison et à la honte de l’enfant qui doit rapporter à son école l’insolvabilité familiale s’ajoutent parfois des attitudes de l’institution scolaire qui placent l’enfant dans les pires dispositions pour la réussite scolaire.

Au-delà des sanctions explicites, certaines écoles, par exemple, affichent les noms des enfants qui n’ont pas payé. L’impact psychologique de cette pratique sur les enfants en question n’est qu’évidence. De cette manière, plutôt qu’ascenseur social, l’école alourdit le fardeau et attache les ailes. A la longue, ce n’est plus la possibilité de voler qui fait défaut, mais le désir même de se lever et de marcher. Surtout celui d’apprendre car la survie et la relégation ne font pas très bon ménage avec la créativité. La plupart des personnes pauvres ont connu la pauvreté étant enfants et les enfants pauvres de maintenant pourraient bien être les adultes pauvres de demain. Cette terrible réalité de la précarité générationnelle que notre école contribue à maintenir est relatée dans des études cosignées par certains des chercheurs signataires du courrier envoyé aux formateurs des gouvernements francophones à venir.

Tout en précisant que la gratuité effective de l’enseignement n’est pas le remède miracle contre tous les maux dont souffre notre école, les signataires du courrier envoyé aux formateurs wallon et bruxellois rappellent qu’elle constitue néanmoins une étape essentielle. Pour des raisons, évidentes, de justice sociale et de lutte contre la pauvreté d’abord. Ensuite, parce que cette non-gratuité scolaire empoisonne les relations entre les enfants, leurs parents et les professionnels du monde scolaire, hypothéquant la réussite scolaire des enfants issus de milieux précarisés. Enfin, il est utile de signaler que la suppression des frais scolaires, ou du moins leur encadrement, permettrait de se conformer aux prescrits de la Convention internationale des droits de l’enfant qui stipule, en plus du droit à l’éducation et au respect, celui de l’égalité des chances. N’était-ce pas, d’ailleurs, l’esprit de la disposition légale qui a entériné l’écartement du minerval ?

Pour toutes ces raisons, le Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, le Délégué général aux droits de l’enfant et leurs cosignataires ont demandé à ce que les négociateurs intègrent dans les déclarations de politique régionale et communautaire ce chantier majeur pour la prochaine législature, à savoir la mise en place immédiate d’un groupe de travail qui réfléchira à la meilleure manière de procéder pour réduire les coûts de la scolarité.

(1) Christine Mahy, secrétaire générale du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté; Delphine Chabert, directrice de La Ligue des familles; Quentin Verniers, coordinateur du RIEPP (Réseau des initiatives enfants-parents-professionnels); Yves Willemot, directeur général d’Unicef Belgique; Michel Vandeckeere, coordinateur à l’Observatoire de l’enfance, de la jeunesse et de l’aide à la jeunesse (OEJAJ); Rocco Vitali, directeur du Forum bruxellois de lutte contre la pauvreté; Jean Blairon, directeur de l’ASBL RTA (Réalisation, téléformation et annimation); Séverine Acerbis, directrice de l’ASBL Badje (Bruxelles accueil et développement pour la jeunesse et l’enfance); Frédérique Van Houcke, coordinatrice à la CODE (Coordination des ONG pour les droits de l’enfant); Geoffroy Carly, directeur des CEMEA (Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active); Philippe Hensmans, directeur général d’Amnesty International; Yanic Samzun, secrétaire général du PAC (Présence et action culturelle); Anne-Marie Andrusyszyne, directrice du Cépag (Centre d’éducation populaire André Genot); Henri Bartholomeeusen, président du CAL (Centre d’action laïque); Christian Kunsch, président du MOC (Mouvement ouvrier chrétien); Bernard Hubien, secrétaire général de l’UFAPEC (Union francophone des associations des parents de l’enseignement catholique); Luc Pirson, président de la FAPEO (Fédération des associations de parents de l’enseignement officiel); Anne Chevalier, secrétaire générale du CGé (Changement pour l’égalité); Jean-Pierre Kerckhofs, président de l’Aped (Appel pour une école démocratique); Pascale De Coster, directrice de l’ASBL TDA/H Belgique (Trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité); Boutaffala Khaled, directeur du service d’aide en milieu ouvert AtMOsphères AMO; Luc lefèbvre, militant au sein de la Fédération luttes solidarités travail; Christelle Trifaux, directrice du Service droit des jeunes Bruxelles; Lucia Pereira, responsables de formations au sein de l’ASBL Re-Sources enfances; Michelle Christophe, président de l’association Françoise Dolto; Myriam Gabriel, directrice du Centre psycho-social libre de Bruxelles-Sud; Jean-ierre Coenen, président de la Ligue des droits de l’enfant; Benoît Van Keirsbilck, directeur de Défense des Enfants International Belgique (DEI); Pierre Verbeeren, directeur général de Médecins du Monde.

Bernard De Vos

Délégué général aux droits de l’enfant et une soixantaine de cosignataires (1).

(1) Christine Mahy, secrétaire générale du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté; Delphine Chabert, directrice de La Ligue des familles; Quentin Verniers, coordinateur du RIEPP (Réseau des initiatives enfants-parents-professionnels); Yves Willemot, directeur général d’Unicef Belgique; Michel Vandeckeere, coordinateur à l’Observatoire de l’enfance, de la jeunesse et de l’aide à la jeunesse (OEJAJ); Rocco Vitali, directeur du Forum bruxellois de lutte contre la pauvreté; Jean Blairon, directeur de l’ASBL RTA (Réalisation, téléformation et annimation); Séverine Acerbis, directrice de l’ASBL Badje (Bruxelles accueil et développement pour la jeunesse et l’enfance); Frédérique Van Houcke, coordinatrice à la CODE (Coordination des ONG pour les droits de l’enfant); Geoffroy Carly, directeur des CEMEA (Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active); Philippe Hensmans, directeur général d’Amnesty International; Yanic Samzun, secrétaire général du PAC (Présence et action culturelle); Anne-Marie Andrusyszyne, directrice du Cépag (Centre d’éducation populaire André Genot); Henri Bartholomeeusen, président du CAL (Centre d’action laïque); Christian Kunsch, président du MOC (Mouvement ouvrier chrétien); Bernard Hubien, secrétaire général de l’UFAPEC (Union francophone des associations des parents de l’enseignement catholique); Luc Pirson, président de la FAPEO (Fédération des associations de parents de l’enseignement officiel); Anne Chevalier, secrétaire générale du CGé (Changement pour l’égalité); Jean-Pierre Kerckhofs, président de l’Aped (Appel pour une école démocratique); Pascale De Coster, directrice de l’ASBL TDA/H Belgique (Trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité); Boutaffala Khaled, directeur du service d’aide en milieu ouvert AtMOsphères AMO; Luc lefèbvre, militant au sein de la Fédération luttes solidarités travail; Christelle Trifaux, directrice du Service droit des jeunes Bruxelles; Lucia Pereira, responsables de formations au sein de l’ASBL Re-Sources enfances; Michelle Christophe, président de l’association Françoise Dolto; Myriam Gabriel, directrice du Centre psycho-social libre de Bruxelles-Sud; Jean-ierre Coenen, président de la Ligue des droits de l’enfant; Benoît Van Keirsbilck, directeur de Défense des Enfants International Belgique (DEI); Pierre Verbeeren, directeur général de Médecins du Monde.