Une opinion de Billy-Ray Muraille, citoyen engagé.


La semaine dernière, deux hommes politiques du MR se sont essayés à promouvoir l’économie bleue, en l’instrumentant comme argument ultime de contre-pouvoir face au mouvement écologiste. Voici ce que j'en pense.


Ils ont sans doute lu, comme moi, certains livres à succès sur le sujet, dont ceux du belge Gunter Pauli. Malheureusement, il me semble que l’essentiel du message se soit perdu en chemin. Et il serait dommage qu’un concept aussi prometteur que l’économie bleue tombe dans les mains d’un opportunisme politique se limitant aux arguments de couleurs de partis, sur fonds d’inepties et de sophismes nauséabonds.

Premièrement, qu’est-ce que l’économie bleue ? Et pourquoi bleue ?

Cela fait simplement référence à notre planète, surnommée planète bleue. L’idée est simple : se baser sur les phénomènes naturels existants, sur les cycles de productions déjà présents dans la nature, les contrôler et en extraire ce dont l’être humain a besoin.

Ces cycles naturels génèrent moins de déchets, demandent moins d’investissement (pas de pesticides, pas d’OGM, pas besoin de systèmes coûteux d’irrigation), augmentent la biodiversité et contribuent à la régénération de la nature. Le tout en ayant une productivité qui peut être doublée par rapport aux modèles actuels, fournissant largement de quoi manger et de quoi alimenter l’économie.

Alors, pourquoi cette opinion du MR est-elle tronquée, teintée de fautes et de contradictions ?

Tout d’abord, l’écologie "verte" ne s’attaque en rien au libéralisme : on choisit délibérément de changer de mode de comportement, afin d’avoir la liberté de pouvoir encore respirer de l’air pur dans l’avenir. Les leviers visés par les écologistes ne sont en rien différents de ceux utilisés par les autres partis depuis des décennies. Crier au liberticide quand ça nous arrange, c’est un peu facile.

Il est dit qu’une autre écologie est possible. C’est vrai, il n’est pas nécessaire d’en arriver à une augmentation globale des prix "sains et verts", avec un sentiment de privation globale, ce qui est un des avantages de l’économie bleue. Seulement, la "vaste galaxie" d’ONG, ici dénoncée, reprend déjà des idées d’une économie bleue dans leurs discours. Ils ne sont peut-être simplement pas entendus (ni écoutés).

Oui, notre mode de vie occidental actuel est destructeur. Oui, le discours écologiste est généralement anxiogène, dirigiste. Puisque les rapports scientifiques par centaines n’y suffisent plus, il faut bien tenter ce qui fait vivre les élections depuis quelques années : la peur. La même peur dont certains partis (dont le vôtre) ont largement abusé lorsqu’on parlait de migration et terrorisme, avec des mesures régaliennes ouvertement anti-libertés et paternalistes.

L’écologisme n’est pas hostile au modèle de société par principe : il est hostile aux conséquences de cette société qui détruit l’environnement, la santé, le bien-être de gens, le tout au nom d’un PIB qui n’empêche pas la destruction d’emplois et de prospérité des citoyens.

Analyse du bilan

Pour ce qui est du bilan présenté par le MR, vantée comme ancrée dans la logique de l’économie bleue, examinons :

- Le PNEC : adopter un plan c’est bien. Mais qu’y a-t-il dedans ?

- promotion de l’éolien : c’est très bien, mais ça n’est pas de l’économie bleue.

- Soutenir le renouvelable : encore une fois, le photovoltaïque, la performance énergétique et l’éolien ne sont pas de l’économie bleue.

- Enfin, la création de plusieurs fonds de financement dits … verts. Et dont aucun ne parle de l’économie bleue.

L’économie de marché est la solution, et non la source, des problèmes environnementaux. Je crois que le terme "dissonance cognitive" qualifie assez bien cette proposition. Ou hypocrisie, mais c’est assez éculé dans le monde politique.

L’économie néolibérale actuelle, qui ne donne absolument aucune valeur propre à la nature (qui peut donc être pillée sans modération), est bien la source du problème. Si on veut régler le problème par l’économie, il faut avant tout changer cette économie avant de la renforcer.

"L’écologie ne pouvait émerger que dans une société libérale". C’est comme dire que la démocratie ne s’exprime uniquement qu’en votant : c’est faux. Quant à l’abondance et l’intelligence qui seraient créées par l’idéologie libérale actuelle, elles ne sont actuellement possédées concrètement que par une élite, au travers des milliards d’euros sur leurs comptes en banque et des innombrables propriétés intellectuelles qui freinent le partage de la connaissance. Même la connaissance issue de la recherche publique est détenue par des groupes de publication privés. Or, ce sont ces mêmes plus riches et plus grands propriétaires de connaissance qui sont les plus grands pollueurs.

Plus de cent ans d’échec de la main invisible

Les auteurs promeuvent un marché sans contraintes, pour que la fameuse main invisible continue dans le bon sens. Après plus de cent ans d’échec de cette main invisible vis-à-vis de l’environnement, qui peut encore y croire ? Comment faire confiance en une théorie économique qui n’accorde littéralement aucune valeur aux ressources naturelles qui n’ont pas d’utilité marchande ?

Enfin, l’économie bleue est une des formes de l’écologie, pas son antithèse. Prétendre promouvoir une économie bleue et se limiter à financer la transition énergétique, c’est comme promouvoir des carottes en mangeant des choux, tout en justifiant que c’est le même fruit.

Sans compter que le procès fait à l’écologie, qui serait synonyme de destruction de nos standards de vie et de décroissance, est faux, déplacé, injuste et complètement arbitraire. Le modèle défendu par les écologiste aura un coût, mais ce coût sera largement rétribué par les retours en terme d’emploi, de santé, de bien-être et des services que nous prodiguent la nature (les ecosystem services). L’écologie n’est ni plus ni moins qu’une profonde economy shift , dont l’économie bleue fait partie, avec l’économie circulaire, l’énergie renouvelable, le partage de la connaissance, et d’innombrables autres opportunités.

L’économie néoclassique a toujours cherché à conquérir, à posséder et produire toujours plus. C’est dans sa logique intrinsèque, d’où son rejet de la décroissance. L’économie bleue ne favorise pas expressément la croissance : elle a ses limite que la nature, qu’elle imite, nous impose. La seule composante qui n’a pas de limites, c’est la connaissance qu’on a de cette nature. Tout simplement. Promouvoir une croissance économique à tout prix et l’économie bleue en même temps, c’est un oxymore. Et en profiter pour condamner tout le mouvement écologique, c’est de la malhonnêteté électorale.