L’"enfant-roi" et la fessée

DANY DE BAEREMAEKER Publié le - Mis à jour le

Opinions

De nos jours, il est légalement interdit de porter la main sur un enfant. Fini le temps des fessées, des gifles et autres approches du genre sous peine d’être poursuivi en justice. Progrès humaniste ! ? L’enfant considéré comme une personne à part entière.

Pourtant, une foule de plus en plus nombreuse d’adultes ne cesse de se plaindre de leurs enfants, de leur désobéissance, de leurs caprices et égoïsme, de leurs colères et oppositions. Ces adultes en difficultés ne sont pas seulement les professionnels de l’enfance, mais aussi, si pas surtout, les parents eux-mêmes qui ne parviennent plus à contenir, à gérer ou à éduquer leur petit tyran. Ils en deviennent les esclaves, martyrs impuissants au point d’appréhender leur retour d’école, les week-ends et les congés scolaires. Seuls refuges possibles, la dépression, une consommation croissante de médicaments psychotropes, un bonheur de plus en plus inaccessible évaporé dans l’univers des impossibles, une mise à mort sans appel de leur idéal de vie si pas carrément de leur sens de l’existence et l’anéantissement de leurs espérances. L’enfer.

Désespérés les parents consultent alors un pédopsychiatre qui risque de prescrire pour l’enfant un neuroleptique. Mais "médiquer" son enfant, est-ce une réelle solution et est-elle dépourvue de violence corporelle ? Certes non, mais cette violence-là est occultée car indirecte. Son efficacité, comme tout emplâtre sur jambe de bois, est douteuse et éphémère. Osons la sévérité.

Si aucune intervention ferme n’arrête le délire de l’enfant, il peut devenir ce qui communément est appelé un "enfant-roi" et qui se caractérise par le fait de ne se soucier la plupart du temps que de lui-même. Peu importe son entourage, le bien-être de ses parents et même de ses compagnons de jeu. Une idée, un désir n’a même pas le temps de lui effleurer l’esprit qu’il doit déjà se concrétiser dans sa matérialité. Il ne vit pas dans le présent mais dans l’immédiateté, dans l’urgence de l’instant. Si des obstacles se présentent à ses fantaisies, le voilà fâché, en colère, capable de tout bousculer sur son passage, piquant des crises frisant la folie. Conséquences : les parents sont dépassés par les événements, ne savent plus à quel saint se vouer, trépignent en leur for intérieur, se découragent dans la lassitude.

Heureusement, les jeux électroniques existent, Nintendo, Play Station, DS et autres jeux sur ordinateur devant lequel leur petit diable peut se défouler et se noyer à loisir durant de longues heures voire même des journées entières. Seuls moments de répit pour les parents pour autant que leur garnement chéri ne s’y énerve s’il a le malheur de perdre dans son jeu de combat. Ces enfants sont souvent en difficulté, si pas en décrochage scolaire, ils ont du mal à s’adapter dans un mouvement de jeunesse, à partager verbalement leurs impressions, leur vécu, leurs émotions, peinent à se mettre à l’écoute des autres, même de leurs dits copains, à entendre et tenter de comprendre les différences d’avis et donc à les tolérer. Du coup, ils sont eux-mêmes esseulés, fort à l’abandon, déconnectés dans ce qu’ils vivent souvent comme un rejet, et finalement très malheureux.

Considérer l’enfant comme un être à part entière est une erreur. L’enfant est un être en devenir. Il doit encore apprendre une foule de choses, notamment, et pas des plus simples: le respect des autres en commençant par ses parents. Eduquer un enfant consiste à lui transmettre une masse de savoirs, à l’aider à développer au mieux ses aptitudes et surtout à se sociabiliser, à vivre, échanger et partager avec autrui. Cette éducation doit se fonder bien sûr sur le respect pour l’enfant, tenir compte de ses faiblesses, de son évolution progressive, de ses difficultés. Les meilleures voies sont, bien entendu, la tendresse, la présence à ses côtés, la disponibilité des parents, le partage, les explications, l’écoute, le dialogue, la compassion, bref, tout ce qu’implique le mot "amour". Mais éduquer oblige aussi à certains moments les parents et parfois les autres adultes à la fermeté, à se poser en obstacle, à interdire, à protéger et à user d’autorité. Et il peut arriver, hélas, dans des circonstances particulières, d’être confronté à un refus catégorique de l’enfant à obtempérer, à entendre raison, à obéir et à se protéger d’un danger. Dans ces cas, l’empoignade, la fessée pour un jeune enfant ou la gifle pour les plus âgés peuvent être salutaires.

Contenir un enfant dans ses débordements, dans ses confrontations à l’autorité, confrontation dont il a un besoin vital pour se construire une personnalité, ne se fait pas seulement de façon verbale, avec gentillesse et complaisance. Ce devoir de maîtriser son enfant peut obliger, à des moments exceptionnels, à des réactions physiques et très fermes. L’adulte doit imposer ses points de vue, cadrer l’enfant dans son devenir, lui apprendre à différer ses désirs, à s’harmoniser dans le respect de son entourage.

Comprenons-nous bien. Il n’est nullement question de prôner la baffe et la fessée, loin de là, mais l’interdire totalement est une aberration. Punir judiciairement des adultes qui, in extremis, utilisent ce moyen pour ramener leur enfant à la raison, à le protéger de lui-même ou d’autres dangers est une ineptie. Les sanctions, et donc aussi les corporelles, sont inévitables dans l’éducation car toute erreur doit être corrigée. Il en va de même dans la vie adulte. Des fautes graves peuvent aboutir à des sanctions physiques comme par exemple la privation de liberté. Leur condamnation ampute l’éducation de son rôle et de sa force, ouvre largement les portes aux abus inadmissibles de la tyrannie des enfants, compromet leur vie en société et fait de leur épanouissement un calvaire.

Insistons : il n’est pas question de banaliser les remontrances corporelles et à les utiliser comme mode usuel d’intervention. Elles ne sont pas une panacée, mais elles peuvent dans des cas graves et limites être inévitables quand tous les autres moyens n’ont abouti à rien, sinon à se désespérer de leur inefficacité.

Les opposants aux interventions corporelles préconisent comme alternative la "triangulation", à savoir l’intervention d’un tiers étranger au conflit qui aborderait l’enfant avec une sérénité neutre, puisqu’il qu’il n’en est donc pas un protagoniste directement concerné. Mais ces opposants oublient que l’adulte concerné n’a pas toujours quelqu’un à portée de main pour venir "trianguler". Un instituteur ou un professeur se trouve la plupart du temps seul devant sa classe. De même un parent n’a pas toujours l’occasion d’interpeller ou de profiter de la présence du conjoint, surtout dans notre société de plus en plus monoparentale. Bien sûr, "trianguler", quand c’est possible, est préférable à la fessée ou la gifle et ayons-y un maximum recours; mais quand l’éducateur se trouve seul devant la difficulté, il doit coûte que coûte assumer ses responsabilités, même s’il doit en dernier recours passer à des actions qui ne laissent jamais indifférent et qui sont toujours culpabilisantes. Mais ne pas assumer nos responsabilités et laisser l’enfant s’étouffer dans ses caprices et humeurs est bien plus dommageable encore.

DANY DE BAEREMAEKER

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