Une chronique de Nathalie Roland, conseillère aux études à la faculté de psychologie de l'UCLouvain.

Dans le contexte sanitaire actuel, l’enseignement ex cathedra que nous connaissons dans l’enseignement supérieur a en partie laissé la place à un enseignement à distance, prenant souvent la forme de cours en ligne diffusés en direct et/ou en différé.

Cette forme d’enseignement présente plusieurs avantages, dont celui d’assurer une certaine continuité pédagogique, malgré la crise sanitaire que nous traversons. Cela amène aussi une flexibilité rêvée pour un public tel que les adultes en reprise d’études qui doivent souvent concilier vie professionnelle, vie familiale et vie d’étudiant. Ce type d’enseignement facilite également la poursuite du parcours des étudiants souffrants de troubles, maladies ou handicaps et pour qui se rendre tous les jours sur le campus n’est pas possible. En outre, l’enseignement à distance a permis de faire un bond en avant d’un point de vue numérique en poussant les enseignants, mais aussi les étudiants à s’adapter rapidement à des outils qu’ils ne maîtrisaient pas nécessairement et qui vont probablement prendre de plus en plus de place dans le paysage de l’enseignement supérieur.

Néanmoins, l’enseignement à distance est également empreint d’une série de contraintes non négligeables. Tout d’abord, il menace la fonction sociale qui est au cœur de l’enseignement supérieur. Or, les recherches de ces dernières années montrent que l’intégration sociale est un facteur indispensable à la réussite et à la persévérance. La présence aux cours, au-delà de l’apprentissage des contenus théoriques qu’elle offre, permet aux jeunes de développer une série de compétences sociales implicites indispensables. Elle leur permet entre autres de s’imprégner des codes liés à l’enseignement supérieur, d’apprendre à gérer son rapport aux autres, de s’intégrer à une communauté… Or, ces échanges et apprentissages informels sont difficilement imaginables par écran interposé. Bien plus, l’enseignement à distance place l’étudiant dans une situation de solitude qui peut avoir des conséquences dramatiques sur sa santé mentale et sa réussite.

Des indicateurs indispensables

En outre, la relation pédagogique risque d’être fortement déshumanisée. En effet, comment gérer un auditoire virtuel que l’on ne connaît pas et dont on ne voit pas les réactions pendant le cours ? Le langage verbal et non verbal des étudiants est un excellent indicateur de la manière dont est compris et perçu un cours. L’absence de ces indicateurs peut être assez déstabilisante pour un enseignant et risque de l’empêcher d’ajuster efficacement son enseignement. Il est donc primordial que les cours en distanciel ne soient pas une simple transposition des enseignements en présentiel, mais qu’une réflexion pédagogique et qu’un travail d’adaptation soient réalisés par les enseignants.

Enfin, n’oublions pas les nombreux étudiants pour qui suivre un cours à distance relève du parcours du combattant. On pense notamment aux étudiants qui n’ont ni ordinateur personnel ni espace privatif pour suivre leurs cours ; ceux dont la connexion internet n’est pas toujours performante ou encore ces étudiants fraîchement arrivés en première année et qui doivent s’adapter à ce contexte inhabituel ; on songe également aux étudiants à profil spécifique tels que des étudiants malentendants, mis en difficulté puisqu’ils n’ont pas la possibilité de lire sur les lèvres de leurs enseignants.

Pour conclure, le distanciel a confronté les enseignants et les étudiants à une série de défis inédits. Il est évident que tous ont veillé à faire de leur mieux, mais nous constatons que s’il n’est pas adapté, ce type d’enseignement peut constituer une menace, en particulier pour le lien social et la qualité pédagogique. Il est donc indispensable que les enseignants fassent preuve d’ingéniosité, de créativité et de flexibilité dans l’adaptation de leurs dispositifs pédagogiques. Enfin, même si l’enseignement à distance présente d’indéniables avantages, il est important de se rappeler que rien ne remplacera jamais la richesse du lien social.