L’épilation des poils sous les bras est pour moi le "voile"de la femme occidentale. Symbole visible de l’auto-asservissement des femmes à notre société consumériste aux goûts aseptisés.

Une chronique de Marie Thibaut de Maisières (éditrice).

Il y a peu, sur le plateau de "On n’est pas couché", l’émission de Laurent Ruquier sur France 2, notre star nationale, Axelle Red dénonçait l’épilation intégrale sous le regard abasourdi de Yann Moix et Léa Salamé (et le mien, abasourdie, de voir les deux chroniqueurs trouver anormal de le dénoncer). Militant contre la calvitie pubienne, la chanteuse déclarait : "Les adolescentes de nos jours ne savent plus si on a le droit d’avoir un poil." Et comme elle a raison !

D’après sondage Ipsos de 2014, 45 % des jeunes filles françaises de 18 à 25 ans s’épileraient intégralement le maillot. Information ahurissante pour moi qui ai à peine dix ans de plus que les sondées, et qui n’ai pratiquement aucune copine qui pratique ce style d’épilation… Mais que me confirme mon ami Bruno (né en 1983, (très) actif sexuellement depuis plus de dix ans dans notre pays et qui dit n’avoir jamais trouvé de poils en enlevant une culotte). C’est donc un phénomène effrayant et récent.

Cela m’a rappelé que la semaine d’avant, sur Facebook, un ancien cliché de l’adorable famille DiCaprio quand Leonardo avait 2 ans avait ramassé des centaines d’insultes sexistes parce que la mère du fraîchement oscarisé portait ses bras avec des poils en dessous. Ho scandale ! Cachez ces poils que je ne saurais voir.

Il est aussi vrai que de nombreux internautes défendaient la jeune maman en écrivant "on vous montre la photo d’une famille pleine d’amour et vous ne voyez que les poils " , "qu’elle était européenne" (ce qui, pour les Américains, visiblement justifie ce "laisser-aller") ou encore "que les poils n’étaient pas mal vus dans les années 70" . Mais quasiment aucun commentaire pour remettre en question le tabou actuel - total et sans appel - des poils sous les bras.

Quand la situation des femmes régresse

Bref, je me suis dit qu’il était temps de se (re) poser la question des poils et de l’intolérance grandissante à leur égard. Cela vous semble anecdotique ? Pas à moi ! Si je me suis faite à l’idée que j’élève mes filles dans un monde où les femmes peuvent devenir présidente des Etats-Unis mais où les poils sous les bras condamnent irrémédiablement au bannissement social, j’ai plus de mal à accepter, sans lutter, de les voir grandir dans celui où les femmes peuvent réussir dans tous les domaines mais où, dans l’intimité de la chambre à coucher, il est indispensable de ressembler à une actrice de film X. Cela résume d’ailleurs bien le monde d’aujourd’hui : l’égalité homme-femme progresse dans de nombreux domaines mais on n’arrive pas à faire diminuer toutes les violences sexuelles (conjugales, harcèlement de rue, viols, etc.).

Personnellement, je peux supporter les injustices en me disant que la situation s’améliore (pour les femmes à venir) mais quand elle régresse, j’ai envie de pleurer ! En revanche, je ne dirais pas comme Axelle Red que la mode chez les jeunes femmes de l’épilation intégrale est le résultat d’une société pédophile. Je pense que la pédophilie est plus que jamais un tabou dans notre société, fort heureusement. Pour moi, elle est le résultat de deux phénomènes. D’abord, la standardisation toujours plus exigeante de la société envers les femmes. Ensuite, la récente et massive exposition des jeunes femmes - et hommes - à la pornographie.

Comme dirait le précité Bruno : "La génération Youporn est sur le marché." Pour ces pauvres chéries, s’ajoutent à la pression du BMG (belle, mince et glabre), celle de la performance sexuelle et les démangeaisons des repousses. Bref, l’épilation des poils sous les bras (et plus si affinité) est pour moi le "voile" de la femme occidentale. Symbole visible de l’autoasservissement des femmes à notre société consumériste aux goûts aseptisés et standardisés encore plus violente pour les femmes que pour les hommes.

Libérez les poils, citoyennes de notre pays ! Rêvons d’un monde où tous les poils, symbole d’une société plus égalitaire, comme leurs cousins cheveux, se portent longs ou courts selon les préférences des uns et des autres dans la plus grande bienveillance.