Un courrier de Jean-Louis Hanff, citoyen européen.

Le mode de vie européen, et si on en discutait ?

Existe-t-il un "mode de vie européen" ? […] Pour ma part, j’ose croire que nous partageons bel et bien des valeurs communes : la liberté, l’égalité, la démocratie et le respect de la dignité humaine. Ces valeurs découlent d’héritages qui ont façonné le devenir européen : apports gréco-romains et chrétiens, mais également de la Renaissance et des Lumières. Cette expérience, purement européenne, doit être une voie d’inclusion pour un vrai vivre-ensemble, plutôt qu’un outil de "rejet de l’autre". Antoine Arjanovsky, directeur de recherche au Collège des Bernardins, indique justement que pour éviter que les populistes soient les seuls à parler d’identité européenne, il faut être en mesure de dire qu’il y a bien un mode de vie européen qui soit sensible à la question sociale. […] 

En ce sens, Jean-Claude Juncker a sans doute raison lorsqu’il indique "qu’accepter ceux qui viennent de loin fait partie du mode de vie européen". Car ce dernier, comme l’a bien rappelé Ursula Von der Leyen, ne consiste-t-il pas aussi en l’accueil des nécessiteux et la dignité de chaque personne ? Ce débat ne peut ni ne doit donc être interprété comme une volonté de repli, mais bien comme une réelle opportunité de maintenir vivant l’esprit même de l’Europe dans ce qu’elle a de meilleur. [Aujourd’hui], l’Europe doit se construire sa propre mythologie. Cela ne signifie pas fermer les frontières aux réfugiés fuyant la guerre et la destruction, ni sombrer dans les cauchemars collectivistes et racistes du passé. Mais cela implique que l’UE a besoin d’un ensemble de valeurs cruciales, et même d’éléments apparemment insignifiants pouvant être identifiés comme européens.

L’Europe doit pouvoir, plus que jamais, affirmer que la diversité linguistique, religieuse et ethnique est parfaitement européenne. […] Je crois en une certaine idée d’Europe basée sur une communauté de principes démocratiques, sociaux, économiques, culturels et il me paraît important de construire un narratif original qui ne se limite pas simplement à un éloge de la diversité. Le projet européen est en face d’une possibilité unique : il est appelé, comme l’invite Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert Schuman, à "se projeter dans l’avenir, à se projeter dans le monde, à prendre des risques avec enthousiasme", bref tout le contraire de simplement "se protéger". Pour cela, nous devons d’abord assumer le chemin accompli avec une fierté légitime qui seule peut fonder l’énergie que procurent le sentiment d’appartenance et l’espérance d’un même et véritable destin. C’est par l’échange bienveillant et constructif, fondement de nos démocraties, que nous pourrons réfléchir ensemble à ce qui fait sens dans la notion de mode de vie commun à l’Europe unie dans sa diversité.