Les fonds marins forment le plus grand écosystème de la planète. Allons-nous enfin le sauver ? Une opinion d'An Lambrechts, Chargée de la campagne Écosystèmes chez Greenpeace Belgique.

Les océans couvrent 70 % de la surface de la Terre, ils régulent à eux seuls le climat, stockent le carbone et nous fournissent plus de la moitié de l’oxygène que nous respirons. Malheureusement, aujourd’hui, cette immense zone est aussi particulièrement vulnérable. Pas moins de 66 % de l’environnement marin a déjà été considérablement modifié par les activités humaines : pêche industrielle, pollution pétrolière, impact du changement climatique et des tonnes de plastique… Rien en lui n’est épargné. Pourtant, les climatologues et les biologistes tirent le signal d’alarme et soulignent la nécessité de mieux protéger les environnements marins et leur biodiversité. Ils prêchent dans le désert, semble-t-il…

Pourtant, la Belgique fait des efforts. Elle a notamment pris l’initiative au niveau international de négocier un nouveau traité des Nations unies pour la protection des océans. Alors pourquoi la Belgique soutient-elle les plans de développement de l’exploitation minière des fonds marins ? Pourquoi la Belgique parraine-t-elle un contrat d’exploration pour l’exploitation minière en eaux profondes dans le Pacifique, pour la filiale de DEME, Global Sea Mineral Resources ? Pourquoi… ?

Des dégâts irréversibles

Sans doute parce que tout tourne autour des différents minéraux - le manganèse, le cobalt et le nickel - qui logent dans les fonds marins et qui peuvent être utilisés dans la confection des piles. Les partisans de l’exploitation minière en eaux profondes estiment que nous aurons besoin de ces minéraux pour la transition vers une économie à faible émission de carbone. L’argument mis en avant est que l’exploitation minière en haute mer est un développement particulièrement innovant. Mais que dire alors des dégâts irréversibles causés à un écosystème que l’on connaît encore moins que la surface lunaire ? On ne parle pas d’innovation ici. Il s’agit d’une destruction pure et simple.

La véritable innovation consisterait à changer de cap, à façonner une sous-économie durable et sociale dans laquelle il n’est plus nécessaire d’épuiser notre planète au-delà des limites de sa capacité. L’innovation signifierait que le passage à une faible teneur en carbone aille de pair avec une utilisation durable des matériaux. Cela signifierait, par exemple, que les batteries des voitures et des smartphones soient conçues de telle sorte qu’elles puissent être beaucoup plus recyclables et qu’elles nécessitent moins de minéraux. Voilà ce qu’est la véritable innovation.

Le Green Deal européen et son plan d’action pour l’économie circulaire pointent également dans cette direction. C’est la voie de la reprise durable. N’allons pas dans la direction opposée.

Nos députés peuvent avoir un poids décisif dans ce choix. Lors d’une audition au Parlement (NdlR : ce mercredi 24 juin), ils approfondiront leurs connaissances sur l’impact de l’exploitation minière en eaux profondes. Plus tard, ils devront voter une résolution appelant à un moratoire sur l’exploitation minière en eaux profondes. Ils peuvent également demander au gouvernement de cesser de soutenir cette activité industrielle inutile et dévastatrice. Ne ratons pas cette possibilité.

Les fonds marins, patrimoine de l’humanité

Ce faisant, nous devons également garder à l’esprit que l’économie doit servir la société et non l’inverse. La Convention des Nations unies sur le droit de la mer définit, à juste titre, les grands fonds marins comme étant le patrimoine commun de l’humanité. C’est bien plus qu’un terrain de jeu pour une poignée d’entreprises qui veulent faire du profit.

Continuer à parier sur de tels modèles d’exploitation est le symptôme d’un système défaillant. La crise du Covid-19 nous a fait comprendre que les choses doivent et peuvent être faites différemment, pour nous-mêmes et nos proches, pour la société et les générations futures, pour l’avenir des nombreux autres êtres vivants avec lesquels nous partageons notre planète et pour la Terre elle-même.

C’est pourquoi nos hommes politiques doivent s’engager en faveur d’un modèle différent, circulaire et social, peu gaspilleur et riche en valeurs pour tous. L’exploitation minière en eaux profondes n’a pas sa place dans ce monde.

Titre et chapô sont de la rédaction. Titre original : "L’exploitation minière en eaux profondes n’est pas une innovation mais une nouvelle attaque environnementale"