Une chronique de Francis Van de Woestyne.

Depuis quelques jours, les télévisions du monde entier nous infligent les geignements du duc et de la duchesse de Sussex, Harry et Meghan, qui ont orchestré, avec leur amie Oprah Winfrey, une confession publique indigne, indécente, indigente. Ce produit commercial ne mériterait pas une ligne mais voilà : trop, c’est trop.

Commençons par nuancer notre propos. Si Meghan a subi, de la part de membres non identifiés de la famille royale d’Angleterre, le moindre commentaire raciste, cela mérite évidemment d’être dénoncé, condamné de la manière la plus formelle. Il est, si la chose est confirmée, tout aussi insupportable qu’elle ait souffert de violences psychologiques et que toute aide lui ait été refusée. Mais, en généralisant subtilement les condamnations, le duc et la duchesse de Sussex jettent le discrédit et l’opprobre sur l’ensemble des Windsor.

On peut aussi comprendre que le prince Harry ait voulu protéger sa famille des assauts d’une presse à scandale, implacable, intrusive. Celle qui a sans doute provoqué les dépressions à répétition et, finalement, la mort de sa mère, la princesse Diana. Mais la manière dont le couple prend ses distances, tout en crachant dans le champagne familial, donne le sentiment qu’ils auraient voulu conserver les avantages de leur statut, sans en supporter les contraintes.

Mais le plus dérangeant, dans cette opération médiatique, est de voir deux jeunes gens en pleine santé, fortunés, gâtés par la nature, se plaindre pendant deux heures du sort qui leur est réservé. Nous l’avons dit, si Meghan a été victime de harcèlement, c’est inacceptable. Mais pour le reste…. Elle se plaint de l’absence de titre qui aurait été réservée à son fils. Elle se plaint d’avoir dû chercher sur Google les paroles de l’hymne britannique. L’indécence n’a pas de limite.

On les présente volontiers comme deux exilés. Quelle injure aux vrais exilés, à ceux qui ont dû fuir la guerre, la famine et qui se retrouvent, étrangers, sans statut dans leur nouveau pays. Harry et Meghan ont "fui" à Vancouver, puis ont trouvé "refuge" dans la sublime villa d’un ami à Los Angeles avant de jeter leur sort sur une propriété située sur les hauteurs de Beverly Hills, dans la communauté de Montecito, l’enclave côtière de Santa Barbara, en Californie. Prix de leur petit nid : 10 millions de dollars. Harry le reconnaît : "Notre vie est géniale, nous avons une maison magnifique, j’ai une famille merveilleuse. Les chiens sont très contents…" Si les chiens sont contents… tant mieux pour eux. De quoi se plaignent-ils alors ?

Pauvres riches

Selon le magazine Forbes, il ne leur reste "que" 5 millions de dollars pour vivre. Mais le couple est redoutable en affaires et a conclu de juteux contrats avec Netflix (100 millions de dollars) et Spotify pour la publication de podcasts. Ils ont, selon les médias américains, l’intention de monnayer désormais leurs sorties ou interventions publiques. Ainsi, le prince Harry s’est exprimé en février 2020 lors d’un sommet privé de JP Morgan à Miami : son intervention lui aurait rapporté 1 million de dollars. Sans doute Meghan et Harry avaient-ils besoin d’un petit coup de publicité pour leur société de production Archewell Audio. Oprah Winfrey leur a offert sur un plateau d’argent, elle qui a vendu les confidences ducales 8 millions d’euros au plus offrant, CBS. C’est elle et elle seule qui sort gagnante de ce coup médiatique qu’elle prépare depuis trois ans.

Depuis leur fuite en Californie, le duc et la duchesse ne cessent d’affirmer qu’ils veulent vivre en toute simplicité et demandent qu’on respecte leur tranquille intimité. Ils y ont droit, bien sûr. Mais que diable ne le font-ils pas ? Lors d’une précédente interview à James Corden, journaliste à CBS, Harry avait déclaré que lui et sa femme voulaient consacrer leur vie à aider les autres et à améliorer le monde. Magnifique. Et sans doute est-il sincère. Mais de deux choses l’une, soit ils ont raté leur départ et vont corriger le tir, soit ils considèrent que la charité commence par eux-mêmes.

L’époque est peut-être friande de ce genre de confessions. Pourvu qu’elles restent dignes. On ne peut qu’admirer la réaction de la reine d’Angleterre, qui les appelle sobrement à régler le différend en privé.