Une carte blanche de Camille Terlinden, 19 ans, présente au Bois de la Cambre en ce jeudi premier avril.

Si j’écris cette lettre aujourd’hui, c’est pour clarifier certaines équivoques au sujet de cette manifestation qui a plutôt pris l’apparence d’une émeute frénétique et d’une soirée clandestine.

Je parle au nom de ceux qui, comme moi, sont épuisés de toutes ces promesses envolées, de ce gouvernement désarmé et de ces supposées aides que l’enseignement essayerait de nous apporter.

Que m’avait-on promis concernant ma vingtaine ? Des années d’insouciance, d’euphorie, de plénitude. Cette jeunesse tant convoitée se résume en solitude, faisant de nous des proies faciles à la dégénérescence et la rébellion.

Cette période de pandémie est dure pour les étudiants, c’est une réalité. Toutes ces attentes illusoires ne font qu’envenimer la situation et amenuiser les espoirs qu’il nous reste.

Ce mouvement devait rester un combat pacifique, une démonstration de ce désir d’être entendus et compris. J’étais fière de contribuer à cette révolte populaire, cette foule animée par le même besoin de liberté. Fière de voir que notre population n’avait pas encore lâché les bras et que nous allions nous épauler tout au long de cette crise. Nos réprimandes avaient pour but d’admonester nos politiques, qui s’entêtent à désavouer l’ampleur de la situation.

Il n’y a néanmoins aucun parti à prendre

Croyez-le ou non, nous sommes aussi fatigués de ces litiges. Nous voulions corroborer une certaine solidarité, une promesse de ne pas abandonner face aux mesures draconiennes.

Nous sommes tous du même côté, celui de trouver les meilleures solutions à cette situation ombrageuse se révélant être difficile à réguler. Le gouvernement peut être qualifié d’inapte dans ses décisions tout comme la jeunesse peut être synonyme d’égoïsme, ces violences ne mènent à rien.

Les policiers présents exerçaient leur travail, ils ne méritaient en aucun cas ce qui leur est tombé dessus. La manifestation a dégénéré dans une violence incoercible, gouvernée par casseurs et effrénés. Le message que l’on souhaitait faire passer fut totalement négligé face à tant d’animosité.

Il n’y a néanmoins aucun parti à prendre. Le nombre de policiers ainsi que de chevaux et de cargos présents était complétement démesuré. L’absurdité de la situation frôlait la dystopie ; des citoyens irascibles, avides de retrouver leur libre-arbitre face à des forces de l’ordre exerçant une forme de totalitarisme ridicule.

Nous sommes divisés, au moment où nous avons besoin d’entraide

Toujours est-il que rien ne justifie une violence pareille, surtout à l’encontre d’individus qui sont pour la plupart du même avis que celui des manifestants. J’ai honte de l’envergure qu’a pris ce soulèvement. J’envoie mon soutien aux blessés ; manifestants et policiers.

Notre population est aujourd’hui divisée, au moment où elle a le plus besoin d’entraide. La crise s’éternise et les divergences d’opinion s’accentuent. Une insurrection comme cette dernière ne sera pas la dernière, les mouvements de contestation ne s’arrêteront pas avant que des mesures soient mises en place. Ce coronavirus nous a rendus hystériques, incapables de bon sens. L’État doit prendre des dispositions hâtivement, la jeunesse n’est pas prête à se laisser assujettir par ce virus qui nous abêtit et anéantit nos rêves d’avenir…