Une opinion de Solange T'Kint, administratrice de l'ASBL S.E.A. - Suppression des Expériences sur l'Animal.

La campagne électorale qui vient d'avoir lieu a mis en avant l'importance que le citoyen accorde au statut de l'animal dans la société. Pour preuves, les prises de positions de certains candidats écologistes, opposés à l’étourdissement lors de l’abattage rituel, ont fait scandale auprès des amis des animaux. Un nouveau parti DierAnimal s'est présenté sur les listes fédérales et régionales et a obtenu un siège à Bruxelles.

Il est important que le politique soit le relais des préoccupations citoyennes, et nous espérons que les nouveaux élus sauront une nouvelle fois entendre ceux qui se font les porte-parole des animaux, et feront fi des pressions de certains lobbys.

Une loi non adoptée à cause du lobbying

En avril, une proposition de résolution concernant la protection des animaux a été soumise au gouvernement bruxellois par le parlement. Elle visait à une réduction de 30 % du nombre d'animaux utilisés en laboratoire pour 2025.

Le lobbying exercé par les expérimentateurs sur animaux a empêché l’adoption de cette proposition par le conseil des ministres. Les raisons invoquées étaient la crainte d’une diminution du nombre d’animaux utilisés, l’impact de cette diminution principalement sur la recherche fondamentale, sur l’économie et (on croît rêver) sur le bien-être animal.

En 2017, 543 094 animaux ont été mis à mort dans les laboratoires belges, soit une augmentation de 1,34 % par rapport à 2016 (535.829).

Ces statistiques montrent que 50,23 % de ces animaux ont été utilisés en recherche fondamentale. Or, la validité de cette recherche pour l'homme pose question. (…) l’analyse de 25.000 articles des six principaux journaux scientifiques en science fondamentale, notamment Nature, Cell et Science, a révélé un taux de transposition clinique de 0,004% (1,2).

En quoi cette recherche est-elle donc indispensable ? C’est une question que peut se poser prioritairement le citoyen puisque l'essentiel de la recherche fondamentale en sciences du vivant en Belgique est financé par l'Etat... C'est-à-dire par le contribuable.

Des méthodes alternatives existent

Selon le FNRS, « la qualité de la recherche doit primer les aspects quantitatifs. Il convient donc d'attribuer plus de poids à (...) la fiabilité des données de base et la certitude des résultats qu'à la rapidité de la dissémination du résultat et qu'au nombre de publications ».

Les méthodes alternatives sans recours à l'animal existent. Les parlementaires qui ont soutenu la proposition d'une réduction de 30 % du nombre d'animaux utilisés dans les laboratoires vont tout à fait dans le sens du progrès. Les accuser, comme certains expérimentateurs sur animaux l’ont fait, de dogmatisme idéologique, d'émotivité ou de pratiquer le racolage de voix plutôt que de mener une politique cohérente en faveur du bien commun est inadmissible. C'est injurier nos représentants politiques que d'émettre de tels propos. Quant au bien commun, il semble être bien mis à mal...

Actuellement, de nombreux scientifiques remettent en cause l'expérimentation animale qu'ils considèrent comme une source d'erreur mettant en danger la santé humaine.

Le public accepte l’expérimentation animale uniquement si celle-ci bénéficie aux humains. De nos jours, la validité des modèles animaux est évaluée par les revues systématiques et les méta-analyses des résultats de recherche, comparant ces derniers aux résultats des tests cliniques correspondants (4). Si on prend l'expérimentation animale dans sa globalité, les résultats indiquent que moins de 50% des études réalisées sur des modèles animaux ont pu prédire avec succès des résultats chez l’homme. De si faibles performances suscitent fortement une réévaluation de l’expérimentation animale combinée à un plus grand intérêt pour le développement de méthodes alternatives, sans recours aux modèles animaux, en recherche.

Néanmoins, malgré le manque de preuves systématiques de son efficacité, l’expérimentation animale en recherche fondamentale ne cesse de recevoir plus de fonds que les méthodes alternatives.

Les nombreux coûts

L’expérimentation animale engendre de nombreux coûts, notamment par le nombre d'animaux utilisés, par les conditions d’élevage ainsi que par la longueur des expériences.

Les méthodes alternatives présentent de nombreux avantages, dont, de manière non négligeable, une économie de temps et une rentabilité augmentée (5).

Une comparaison des techniques in vitro versus modèles animaux a été réalisée par l’organisation Humane Society International, montrant les économies réalisables ; ces techniques in vitro pouvant être utilisées à haut débit d’automatisation avec des coûts nettement moindres que les modèles animaux (6).

Les élections qui ont eu lieu ont montré l'intérêt des citoyens pour la condition animale, tant au niveau régional qu'au niveau européen. Nombreux sont les partis à l'avoir compris en intégrant dans leur programme un volet consacré aux animaux.

Notre système représentatif nous permet de choisir nos porte-parole. Ils sont la voix des citoyens et de leurs attentes.

Comme dit plus haut, en avril 2019, des parlementaires bruxellois avaient soumis une proposition de résolution afin de réduire l'utilisation des animaux dans les laboratoires. La pression des expérimentateurs sur animaux avait empêché que cette résolution n’aboutisse.

Pourtant la proposition des parlementaires se conformait à la directive européenne relative à la protection des animaux utilisés à des fins scientifiques de 2010 qui pose un certain nombre d’obligations aux Etats membres, propres à réduire le nombre d’animaux utilisés et vise à terme « le remplacement total des procédures appliquées à des animaux vivants à des fins scientifiques et éducatives, dès que ce sera possible sur le plan scientifique ».

Nous sommes de plus en plus nombreux, simples citoyens et scientifiques à dénoncer les souffrances infligées aux animaux dans les laboratoires et à demander légitimement que des méthodes de recherche fiables et modernes soient utilisées. C’est donc par voie légale que nous agissons.

Les élus sont nos porte-parole ; empêcher qu'ils puissent soumettre une résolution au parlement sous prétexte qu'ils pratiquent le racolage de voix relève des pratiques anti-démocratiques.

En tant qu'amis des animaux, nous nous réjouissons de pouvoir rencontrer nos élus et de continuer ainsi à relayer les préoccupations citoyennes quant au sort des animaux.


Références

1. Contopoulos-Ioannidis, D. G., Ntzani, E. E. & Ioannidis, J. P. A. Translation of highly promising basic science research into clinical applications. Am. J. Med. 114, 477–484 (2003).

2. Crowley, W. F. Translation of basic research into useful treatments: How often does it occur? Am. J. Med. 114, 503–505 (2003).

3. Daneshian, M. No alternatives? Animal experimentation and the future of research. ALTEX 32, 390–391 (2015).

4. Hooijmans, C. R. & Ritskes-Hoitinga, M. Progress in Using Systematic Reviews of Animal Studies to Improve Translational Research. PLoS Med. 10, e1001482 (2013).

5. Norlen, H., Worth, A. P. & Gabbert, S. A tutorial for analysing the cost-effectiveness of alternative methods for assessing chemical toxicity: The case of acute oral toxicity prediction. ATLA Altern. to Lab. Anim. 42, 115–127 (2014).

6. https://www.hsi.org/news-media/time_and_cost/.