L'opinion de Claude LELIÈVRE

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Opinions

Claude LELIÈVRE, délégué général aux droits de l'enfant

On ne peut aborder cette question avec des solutions à la «y'a qu'à». La première chose à faire est de voir dans quelle situation de mendicité on se trouve. S'il s'agit d'un réseau, il faut être intransigeant. On doit être d'une sévérité extrême avec les personnes qui tirent les ficelles, sans quoi on n'aboutira à rien. Pour eux, c'est évidemment la solution judiciaire qui s'impose. Mais une fois qu'on a retrouvé les auteurs, on doit encore veiller à retrouver les familles des enfants, et faire en sorte de les protéger.

Mais je ne suis pas convaincu qu'il s'agisse là de la majorité. On constate qu'un certain nombre de familles roms quittent leur pays parce qu'ils sont discriminés. Ces familles arrivent en Belgique et sont exclues dans tous les droits et ont trouvé comme moyen de mendier avec l'aide de leurs enfants. On doit aborder ce problème par une approche sociale, qui permet de les identifier et à leur offrir les moyens de survivre.

Alors seulement, on peut exiger un minimum de leur part par rapport à leurs enfants, dont le droit principal, qui est aussi la clef de tout, c'est-à-dire l'accès à l'éducation. Je ne suis pas opposé par principe à la mendicité, mais je ne peux accepter qu'un enfant mendie pendant les heures scolaires. Le moteur de l'intégration, c'est l'école: si ces enfants ont accès à la scolarisation, ils pourront espérer autre chose que reproduire le schéma dans lequel ils se trouvent.

Nous sommes actuellement en train d'étudier le décret du 4 mars 1991( *). S'il demeure une philosophie humaine et positive et que la plupart de ses principes restent d'actualité, il faut réfléchir aux pratiques apparues depuis: les mineurs étrangers non accompagnés, l'absentéisme scolaire, la toxicomanie, la mendicité. Les réseaux qui utilisent des enfants pour la mendicité sont les mêmes que les réseaux de la prostitution. Face à ce problème, il n'y a pas de réponse simple, on doit travailler au cas par cas, analyser chacune des situations.

Et il serait tout aussi absurde de laisser courir les responsables des réseaux que de mettre un père ou une mère d'enfants mendiants en prison pour de mauvaises raisons. L'essentiel est de s'assurer que les droits de l'enfant sont toujours respectés.

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