L'opinion de la CODE

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Opinions

Frédérique VAN HOUCKE, Coordination des ONG pour les droits de l'enfant

La Coordination des ONG pour les droits de l'enfant (CODE) s'est penchée sur cette question à l'occasion de deux recherches menées en 2003 et 2004, la première sur la mendicité des mineurs qui visait à définir le groupe des mineurs en situation de mendicité en Belgique et la seconde sur la sensibilisation des autorités publiques à la communauté rom et sur l'intégration scolaire des enfants roms. Ces recherches ont permis de dresser les constats suivants: les enfants qui mendient à Bruxelles sont pour la plupart des enfants accompagnés de leurs parents ou de leur famille au sens large. Ils sont originaires des pays d'Europe centrale et orientale et d'origine rom. Enfin, la mendicité est généralement la conséquence de la pauvreté et de l'exclusion dans lesquelles ces familles vivent.

La plupart de ces familles est en situation de séjour illégal ou a introduit une demande de régularisation qui ne leur permet pas de recevoir l'aide sociale ou de travailler légalement. Mendier est donc une manière de récolter de l'argent pour (sur)vivre au jour le jour. Vu leur statut précaire, les familles restent groupées et ne se séparent pas de leurs enfants.

Partant de ce constat, même si nous partageons l'avis selon lequel la place des enfants n'est pas dans la rue, notre position est plutôt d'aider les familles à vivre dignement à travers une aide sociale et un droit au séjour et non pas d'y apporter une réponse répressive. Il s'agit selon nous, de pouvoir répondre aux racines des problèmes que vivent ces familles et d'éviter de les stigmatiser une fois encore par des réponses répressives qu'elles connaissent malheureusement déjà trop bien et qui ne donnent aucun résultat tangible.

A la question de l'existence de réseaux qui véhiculent beaucoup de préjugés, nous pouvons affirmer que d'après les informations récoltées auprès des autorités et des associations travaillant quotidiennement avec ces populations, le phénomène de la traite des enfants est marginal à Bruxelles. Toutefois, il doit être considéré comme l'une des pires formes d'exploitation des mineurs en Europe et il convient d'adopter une position claire et concertée au niveau national et international à son égard. La traite des êtres humains doit effectivement être combattue fermement. Il ne s'agit cependant pas de se tromper de cible en pénalisant les victimes de ces réseaux ou de la généraliser à l'ensemble des mineurs confrontés à la mendicité.

Pour les Roms, mendier est un moyen de se débrouiller au jour le jour au vu de leurs conditions de vie précaires; ce phénomène n'est pas non plus une caractéristique de la culture des Roms (autre préjugé), même si pour eux, mendier n'est pas forcément immoral comme pour nous. Par conséquent, emmener son enfant dans la rue n'est pas directement un signe de maltraitance ou de négligence. Les associations qui travaillent avec ces famille constatent au contraire que les enfants sont généralement bien soignés par leurs parents, que certains fréquentent les consultations de l'ONE...Rappelons qu'il est bien entendu dans l'intérêt des enfants de ne pas être séparé de leurs parents, sauf à prouver que les parents exploitent effectivement les enfants ou leur sont nuisibles. Enfin, il est utile de rappeler que la mendicité n'est pas un délit.Il y a sans aucun doute une urgence à informer l'opinion publique, non pas du caractère criminel de l'exploitation de la mendicité en Belgique ou de la maltraitance des enfants par leurs parents mais bien du vécu de ces familles pour militer pour un accès au séjour et au droit à vivre dignement, et ce n'est pas de l'angélisme.

Quelle réponse à la mendicité des mineurs? La solution répressive visant à supprimer le phénomène en éloignant les mendiants est une solution tout à fait inadaptée et ne règle pas ses causes que sont la pauvreté et la vulnérabilité. Elle ne fait que renforcer la mobilité de ces familles qui se déplacent en fonction de la répression dont elles font l'objet, ce qui a évidemment pour conséquence qu'elles ne peuvent bénéficier d'aides structurées à long terme et que les enfants ne peuvent pas non plus avoir d'accroches scolaires et sociales stables. Cette attitude est, par ailleurs, contraire à la Convention des droits de l'enfant des Nations unies.

De manière plus générale, nous proposons divers volets d'action, notamment:

- La recherche d'une réponse sociale coordonnée entre les différents niveaux de pouvoir et les acteurs de terrain qui ont une expérience en la matière; des mesures en terme de séjour visant à optimaliser l'accès au statut de réfugié et à la régularisation, - La création d'un centre d'accueil et de passage accessible pour la Communauté rom en collaboration avec un médiateur rom qui créerait le lien avec les populations concernées, - Des actions pour une meilleure intégration scolaire des enfants roms, notamment la mise sur pied d'un service de médiation rom dans les communes concernées,

- Des mesures relatives à la traite des êtres humains au niveau national et international,

- Des actions dans les pays d'origine visant à un meilleur respect des droits des minorités dans ceux-ci.

© La Libre Belgique 2005

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