Une opinion de Benoit Lannoo, consultant en communication et en relations internationales, suit depuis longtemps le dossier de l’Érythrée.

Une fondation des droits de l’homme pour les Érythréens qui avait traduit les institutions européennes en justice, vient d’annoncer l’arrêt du litige devant le tribunal à Amsterdam. En effet, pendant les derniers débats dans la matière au Parlement européen, la commissaire chargée des partenariats internationaux, la social-démocrate finlandaise Jutta Urpilainen, a avoué avoir compris les "soucis partagés" par rapport à la situation des droits de l’homme en Érythrée et a informé les députés que les deniers du Fonds Khartoum (le Fonds fiduciaire d’urgence pour l’Afrique) ne seraient plus attribués à des projets de routes en Érythrée mais détournés entre autres vers des projets au Soudan ou vers d’autres projets, notamment dans le secteur des soins de santé.

Le problème est que pour la construction de nouvelles routes, le régime érythréen fait appel à des travailleurs en service national. Cette forme de conscription a été décrite par l’Organisation des Nations-Unies (ONU) comme "esclavage" et "crime contre l'humanité". Et malgré le fait que l’Érythrée n’est plus considérée comme paria dans les relations internationales depuis l’accord de paix signé en juillet 2018 avec l’Éthiopie, rien n’a changé par rapport à ce service national. Encore toujours toutes les filles et tous les garçons en Érythrée sont recrutés de force pendant de réelles razzias pour une dernière année avant le bac dans des écoles militaires, suivie d’un service illimité dans le temps sous les armes, dans l’administration ou dans des travaux publics.

Aucun avenir chez eux

Cette nouvelle politique de "plus de projets de route" était indispensable, car tout le monde sait qu’il n’y aucune main d’œuvre libre dans ce pays de la Corne de l’Afrique souvent comparé – et à juste titre – à la Corée du Nord. Le projet européen contesté voulait "aider les africains à se construire un avenir chez eux", mais il n’y a toujours aucun avenir chez eux pour les Érythréens. Que faire dès lors pour réellement soutenir la lutte pour les droits de l’homme dans ce petit pays ? La question reste ouverte, les termes diplomatiques de "dual track approach" ne servent qu’à dissimuler que personne ne sait. Mais il est pertinemment clair ce qu’il ne faut surtout pas faire : ne pas considérer chaque refugié sans documents en provenance de l’Érythrée comme un "illégal à rapatrier".

Les Érythréens s’enfuient encore toujours massivement de leur pays natal. Mais partout où ils vont, ils restent craintifs par rapport à l’influence d’Asmara… et ils n’ont pas tort. Leur président Isaias Afwerki n’est pas seulement parvenu à se faire de nouveau valoir sur la scène internationale, des militants de son mouvement dictatorial infiltrent systématiquement les camps de réfugiés le long des frontières, les routes de la fuite dans le désert, les camps de torture en Libye, voir même les milieux des interprètes dans les services d’asyle occidentaux. Les réfugiés érythréens vivent en général dans la plus grande clandestinité, car chaque trace de leur fuite pourrait mettre en danger leurs proches restés au pays. Voilà le réel sort de ceux que nous appelons souvent avec dénigrement … "transmigrants".