Une carte blanche de Jean-Paul Van De Walle, Conseiller juridique pour l’Union européenne auprès d’ADF International, une organisation juridique confessionnelle qui protège les libertés fondamentales et affirme la dignité inhérente à toute personne.

La Commission européenne a nommé le 5 mai dernier le Cypriote Christos Stylianides au poste d’Envoyé Spécial de l’Union européenne pour la promotion de la liberté de religion ou de conviction à l’extérieur de l’Union européenne.

L’Union européenne réaffirme ainsi toute l’importance qu’elle entend, à juste titre, accorder à cette liberté fondamentale et ce non seulement à l’intérieur de ses frontières, mais aussi sur la scène internationale.

Et elle est, pourrait-on dire, particulièrement bien placée pour le faire. Faut-il encore rappeler que l’idée-même d’une « union » du vieux continent a vu le jour au cours d’un conflit majeur caractérisé, précisément, par une volonté de réduire à néant cette liberté ? Intervenant pratiquement à la veille de la journée de l’Europe (9 mai), la nomination revêt, dans cette perspective également, une portée symbolique forte.

L’une des composantes majeures de la liberté de religion ou de conviction, telle que la consacre la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (ONU, 1948), est « la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites ».

Il appartiendra au nouvel Envoyé Spécial de veiller au respect de celle-ci, notamment en réitérant publiquement que nul ne peut être persécuté en raison de ses convictions religieuses, ainsi qu’en agissant pour qu’il soit mis fin à toute persécution. Il se fera ainsi la voix précieuse, au nom de l’Union européenne, de tant de personnes qui, à travers le monde, sont réduites au silence ou, pire, doivent craindre pour leur vie simplement parce qu’elles entendent exprimer, en paroles ou en actes, leurs convictions religieuses profondes.

Le cas d’Asia Bibi

Parmi d’autres, l’on peut rappeler le cas d’Asia Bibi, mère de famille pakistanaise qui, après sa conversion au Christianisme, fut condamnée à mort puis longuement détenue en raison du seul dit « délit de blasphème ». Sa libération, intervenue il y a tout juste deux ans (8 mai 2019), est en large partie due à l’intervention persistante, auprès des autorités du Pakistan, du précédant Envoyé Spécial, le Slovaque Jan Figel.

S’il s’agit-là d’un seul cas, ayant bénéficié d’une couverture médiatique relativement large, combien d’autres cas similaires, à travers le monde, demeurent aujourd’hui encore dans l’ombre ? Pensons, par exemple, au triste sort réservé à de nombreuses minorités religieuses prises au piège de conflits persistants, voire plus récents, tels ceux au Moyen-Orient ou en Birmanie. La communauté internationale, bien trop souvent, semble n’en faire qu’une préoccupation accessoire, alors que non seulement des vies humaines sont en jeu, mais encore le respect des convictions religieuses relève de l’essence-même de la dignité de la personne.

Un bémol

La nomination de l’Envoyé Spécial constitue un pas important dans la bonne direction, démontrant que l’Union européenne, à l’instar par exemple du Royaume-Uni ou des Etats-Unis, n’entend pas rester indifférente face aux nombreuses formes et cas de persécution.

Il convient de le saluer, même si la Commission Européenne, en charge de superviser le mandat de l’Envoyé Spécial, aurait dû se montrer plus diligente. Alors que le poste était vacant depuis fin 2019, la Commission a mis plus d’un an et demi pour prendre la décision de le maintenir et, ensuite, procéder à la nomination. Un délai qui apparait déraisonnablement long au regard notamment des nombreuses situations d’urgence nécessitant et méritant l’intervention de l’Envoyé Spécial.

A l’attention de la Commission, il importe de rappeler que doivent désormais être mis à disposition de ce dernier les ressources humaines, matérielles et financières permanentes, nécessaires à la bonne et effective réalisation de sa tâche conformément aux lignes directrices de l’Union Européenne.

Adoptant, le 29 avril dernier, pratiquement à l’unanimité, une résolution dénonçant la persécution au Pakistan, le Parlement européen a également eu l’occasion de le souligner – et à juste titre. En effet, si l’histoire de l’Union européenne confère à celle-ci la légitimité d’œuvrer pour la protection de la liberté de religion dans le monde, elle lui en donne aussi le devoir impérieux, qu’il incombe à la Commission européenne d’honorer pleinement.