Ce mardi 14 juillet 2020, la presse a évoqué les nouveaux aménagements cyclables en Région bruxelloise : "De plus en plus de pistes cyclables font leur apparition à Bruxelles. […] Depuis l’apparition de ces pistes cyclables, les automobilistes doivent prendre leur mal en patience et céder du terrain aux deux roues. Une situation qui peut se révéler délicate et énervante. Ce que François Bellot comprend parfaitement." François Bellot, c’est notre ministre fédéral de la Mobilité (sic), membre du Mouvement (sic) Réformateur (sic), et il semble plutôt préoccupé. Il indique "qu’une ville cyclable doit être murement réfléchie", et nous prévient : "Je tire la sonnette d’alarme, mais je suis disponible pour en discuter avec les gouvernements des autres régions qui sont un peu inquiets de la situation." Il avoue : "Je crains le chaos. L’attractivité de la Région bruxelloise risque d’en prendre un coup […] Je crains des aménagements aux carrefours qui seraient proches d’horreurs techniques, et des conflits entre cyclistes ou piétons et automobilistes auront lieu."

Le chaos des roulements à bille

En tant que citoyen belge, je ne peux que remercier Monsieur le ministre Bellot pour son extrême vigilance face à la menace du chaos cycliste. Merci également pour sa compréhension des difficultés des automobilistes, menacés par cette meute de vélos qui déboulent rageusement dans nos boulevards. Alors que d’autres divaguent depuis 50 ans sur l’urgence écologique, sociale et démocratique, et accumulent les données scientifiques sur la catastrophe climatique, la pollution de l’air, la sédentarité, la destruction des écosystèmes, l’artificialisation des sols, l’érosion des ressources naturelles, le bruit, les accidents de la route, les embouteillages, l’espace urbain monopolisé par le stationnement, le transfert fiscal régressif causé par le dispositif de voiture de société, l’impôt consacré (y compris par les cyclistes et les piétons) pour l’entretien des autoroutes, le culte de la vitesse et du gadget technologique, et j’en passe et des meilleures, qu’il est bon d’entendre un ministre sonner la fin de la récréation, allumer courageusement ses feux de route, pour éclairer le peuple sur le danger bien plus imminent des deux roues – certains non motorisés et ne consommant aucun carburant fossile, quel scandale ! –, qui circulent désormais carrément sur la chaussée, profitant du brouillard pandémique pour donner des coups de pieds aux voitures, dans notre propre capitale.

On ne peut que partager la terrible angoisse ministérielle du "chaos" cycliste. Le "chaos" de la peinture blanche sur le sol, le "chaos" des roulements à bille, le "chaos" des économies du budget de la santé, le "chaos" de l'air pur, le "chaos" du silence, le "chaos" de la fluidité, le "chaos" de la convivialité, le "chaos" des rues vidées de leurs tonnes de carrosserie, le "chaos" des sourires ébouriffés, etc.

Oui, Monsieur Bellot a raison, le vélo, c'est le chaos. Il est urgent de ralentir et de réfléchir mûrement, immobiles, assis dans nos embouteillages, à ne pas effectuer une transition plus rapide que l'effondrement écologique.

Klaxonnons-le encore et encore : plus de roues pour rouler moins vite ! Plus de métal pour transporter moins de citoyens ! Plus de motorisation pour rouler plus lentement ! Travailler plus pour rester plus longtemps embouteillé dans un véhicule plus cher ! La voiture est le summum de la contreproductivité et des déséconomies, la grande reine de notre civilisation qui fait tourner la mégamachine. Il est impératif de ne jamais la détrôner. La résistance doit s’organiser.

Périsse donc le vélo. Roulons sur les pistes cyclables, garons-nous y, effaçons la nuit ces traces de peinture blanche. Ne laissons pas les édiles et les cyclistes améliorer la qualité de vie urbaine pour un budget défiant toute concurrence. Appuyons sur le champignon et sur le frein en même temps. Périssent les villes et leurs habitants. Périsse la vie sur Terre. Vive l'automobile, pour les siècles des siècles ! Amen.