Une lettre de Brigitte Poulet, kinésithérapeute, citoyenne.

Mesdames et messieurs les député(e)s,

J’ai reçu il y a quelques jours une invitation à participer à une commission délibérative au Parlement bruxellois, concernant la 5G. Commission composée de parlementaires et de personnes tirées au sort. Convocation des plus discrètes dont je n’ai perçu jusqu’à présent aucun écho…

Mon premier mouvement aurait été de m’inscrire : que l’on consulte directement les citoyens est un beau progrès.

Sauf que… cette consultation sent le jeu de dupes à plein nez. Je ne participerai pas. En effet, l’invitation pose que "la 5G arrive en Belgique" et nous propose de répondre à "Comment voulons-nous qu’elle soit implantée dans la région de Bruxelles-Capitale, en tenant compte de l’environnement, de la santé, de l’économie, de l’emploi et des aspects technologiques ?"

La 5G arrive, ah bon !?

La Wallonie vient de recevoir les conclusions du rapport d’experts qu’elle avait commandé. Les débats ont semble-t-il été houleux et les conclusions plus que nuancées. La balle serait dans le camp des politiques… Ce qui me laisse penser que la décision n’a pas encore été prise, en tout cas pas officiellement, dans aucune de nos régions !

De quoi avez-vous peur en ne nous invitant pas à un débat sur le principe et le "pourquoi" de l’installation de la 5G ?

Pendant qu’on ne nous consulte pas, les vraies décisions se prennent par-dessus nos têtes.

Ne nous inviter qu’à un débat sur le "comment" est une injure à la démocratie que vous représentez ! C’est de la démocratie cosmétique !

Mon avis de citoyenne

Puisqu’on ne me le demande pas, voilà mon avis : il ne faut pas installer la 5G.

Concernant la santé, jusqu’à présent son innocuité n’a pas été prouvée et les rapports tendant à démontrer le contraire sont de plus en plus nombreux. Donc, au nom du principe de précaution, on ne l’implante pas.

Concernant l’environnement : la 5G va nécessiter la fabrication de milliers d’antennes, de relais et une nouvelle génération d’appareils mobiles, c’est-à-dire des quantités considérables de métaux et de terres rares dont l’extraction est polluante, s’effectue souvent dans des conditions inhumaines, peut générer des conflits armés et nous rend dépendants de la Chine qui en produit une grande partie (1).

La 5G serait moins énergivore que la 4G… sauf qu’il est admis que ceci sera compensé par l’effet rebond (consommation démultipliée du fait des applications qu’elle rendra possibles). Pour la petite Belgique qui a signé les accords de Paris et qui fait actuellement face à un procès dans "l’Affaire climat", est-ce vraiment la meilleure chose à faire ?

La 5G aurait aussi des effets nocifs sur les populations d’insectes et de bactéries, mettant encore plus en danger la biodiversité (2).

Concernant l’économie : elle est nécessaire à la "transition numérique", garante de la compétitivité européenne sur le marché mondial (3). Le monde de l’industrie est très demandeur : construction automobile, voitures autonomes, smart cities, maisons connectées, télécoms, smart agriculture, drones pour le transports de marchandises… Et pour le consommateur lambda, des objets connectés en pagaille, des appareils permettant des téléchargements ultrarapides (qui dépasseront largement ses capacités d’absorption et alors que l’addiction aux écrans devient un problème de santé publique…).

Pourquoi créer des besoins que nous n’avons pas encore si ce n’est pour poursuivre sans états d’âme la course à la compétitivité et aux profits pour quelques-uns ?

Concernant l’emploi : en dehors de postes d’ingénieurs et d’informaticiens, combien d’emplois perdus pour combien d’emplois créés ? Toujours moins de personnel pour gérer des robots ultraperformants (4).

Les patrons d’industries ou de multinationales vont-ils soudain répartir le fruit des gains de productivité entre eux-mêmes et les ouvriers et les employés licenciés ? La transition numérique nous promet bien des problèmes sociaux !

Pourquoi ne pas évoquer la sécurité des données et le respect de la vie privée ?

Nos moindres données : communications, déplacements, achats… seront enregistrées dans le cloud. Le problème déjà actuel sera décuplé.

Prédation habituelle

Je n’ai rien contre la recherche et le progrès technique en eux-mêmes. Mais dans un monde où croissance et compétition sont les valeurs maîtresses, et où la prédation est habituelle, normale et légale, la 5G est un jouet dangereux de plus, confié aux mains d’irresponsables qui se fichent pas mal de l’état de la planète et de la société qu’ils laisseront à leurs (nos) enfants et petits-enfants.

Que la sobriété et le partage soient nos nouveaux paradigmes et nous pourrons reparler posément de la 5G.

Si je suis a priori contre la 5G, je n’ai rien contre la discussion. J’aurais été heureuse de confronter mon avis à celui de personnes d’opinions contraires !

Mesdames et messieurs les député(e)s, en posant "la 5G arrive", vous actez votre impuissance, l’abandon de vos prérogatives et le sacrifice d’un embryon de démocratie directe, condamnée avant d’avoir pu s’exercer.

>>> (1) "La Guerre des métaux rares", Guillaume Pitron, Éd. Les liens qui libèrent, 2018

>>> (2) Rapport suisse "Téléphonie mobile et rayonnement".

>>> (3) "Le Pacte vert de la Commission européenne l’est-il vraiment ?" Inès Trépant, "L’Écologiste", n°57, 02/20 - 02/21

>>> (4) "Merci de changer de métier. Lettre aux humains qui robotisent le monde", de Celia Izoard, Éditions de la Dernière Lettre

>>> Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.