Opinions

Une opinion d'Alexandre de Mahieu, citoyen.

"La Belgique élue au Conseil de sécurité : la crédibilité belge récompensée !" Ce dernier titre – repris sur le site des Affaires Étrangères de notre Royaume - me laisse vraiment perplexe.

Pendant les deux années 2019 et 2020 la Belgique siègera au Conseil de sécurité des Nations unies. Peut-on vraiment parler d’un honneur d’en faire partie ?

Qui sont les membres du Conseil de sécurité ? Ce Conseil comporte quinze membres, dont cinq membres permanents ayant droit de veto. Les autres membres siègent pour deux années, et sont élus pour moitié tous les ans.

Je n’ai évidemment pas de problème avec les membres non-permanents. Ce qui me pose une question existentielle est le fait que les membres permanents disposent d’un droit de veto. Ceci leur laisse le loisir – appelons-ça comme ça – de faire ce qu’ils veulent dans le monde tout en étant certains de leur totale impunité.

Coupables de crimes de guerre

Quand on pense que le Conseil de sécurité a "la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationale", on peut espérer que ses membres auront à cœur de montrer l’exemple et maintiendront la paix partout où ils le pourront.

Hélas, et je pèse ce mot, on en est loin, et même très loin. Depuis sa création en 1946 à Londres, combien de guerres avons-nous connues ? Des guerres froides, mais aussi des guerres chaudes : Corée, Vietnam, Yougoslavie, Soudan, Rwanda, Burundi, Afghanistan, Irak, Iran, Palestine, Israël, Egypte. Et nombre de guerres civiles : Somalie, Syrie, Liban, Cambodge, parmi des dizaines et des dizaines d’autres. Et parmi ceux-ci se trouvent de très nombreux pays parmi les plus pauvres de la planète. A se demander comment ils peuvent financer leurs guerres.

Combien de membres permanents du Conseil de sécurité ne sont pas coupables de crimes de guerre ? Et ces crimes ne sont bien évidemment jamais condamnés par le Conseil de sécurité, grâce à "l’impunité du droit de véto".

Se pose évidemment la question de l’utilité du Conseil de sécurité. A quoi ce Conseil peut-il bien servir ? Et à quoi a-t-il déjà servi ? Et on se le demande d’autant plus que dans ces guerres les membres permanents sont souvent impliqués directement, sinon indirectement, embargos ou non.

Les plus grands marchands d’armes

Parmi les six plus grands marchands d’armes du monde figurent les cinq membres permanents du Conseil de sécurité. Comment voulez-vous vouloir la sécurité et son contraire ? Ce que la Belgique va faire dans ce club m’échappe complètement, et je ne puis imaginer que la Belgique ait obtenu le soutien de 181 membres de l’ONU sur 193 sans avoir sérieusement arrondi les angles diplomatiques au point qu’il n’y ait plus d’angles du tout.

C’est précisément cette espèce de volonté de vouloir plaire à tout le monde ou à ne déplaire à personne : un truc vraiment difficile à définir. Par cette mollesse, on n’obtient évidemment rien de bien tangible, et par cette diplomatie molle la Belgique ne laissera certainement pas un souvenir indélébile. Je n’en veux évidemment pas aux diplomates, gens intègres et sérieux, mais à ce qu’on leur demande de faire "au nom de la Belgique" n’est vraiment pas très glorieux.

Sortir du Conseil de sécurité au plus vite

Ne vaudrait-il pas mieux en sortir – de préférence avant d’y être entrer – pour dire au monde : la Belgique ne s’associe pas ou plus aux plus grands marchands d’armes du monde. La Belgique demande une grande réforme de l’ONU et principalement de son Conseil de sécurité. Trop de sang a déjà coulé, et l’heure est venue d’y mettre fin.

La Belgique sera-t-elle le premier pays au monde à sortir la tête haute du Conseil de sécurité ? Donnera-t-elle une véritable impulsion à sa réforme. Je veux croire que d’autres pays nous suivront, et je veux en rêver. Dans le cas contraire j’aurais vraiment honte de faire partie – tout à fait involontairement – de ce prétendu Conseil de sécurité. Il appartient au pays, son gouvernement et son peuple d’écrire l’histoire en s’y plaçant du bon côté.

I have a dream.