Une opinion de Louis-Marie Burnotte, officier chargé des opérations et de l'entraînement.

Je m’étonne que les enjeux liés à la Défense ne soient présents ni dans les débats politiques traitant des matières fédérales, ni dans les programmes de la majorité des partis en lice (exception faite du PS). 

La Défense constitue pourtant une des fonctions régaliennes de l’État fédéral. Elle représente +/- 25 000 emplois directs (personnel civil et militaire) et génère près de 10 000 emplois indirects. Il s’agit probablement du dernier département où le bilinguisme est encouragé et est ancré dans les habitudes. Les événements majeurs de ces derniers mois ayant trait à la Défense, dont la mission Vigilant Guardian (militaires dans nos rues), l’achat de F35 et le partenariat CaMo avec la France, montrent à quel point la Belgique souffre de l’absence de vision stratégique à moyen et long termes pour ses forces armées. 

La Défense est déployée depuis 2015 dans les rues de Belgique, provoquant tantôt la désapprobation, tantôt un profond sentiment de soulagement, mais surtout avec pour conséquence l’impact catastrophique pour l’opérationnalité de la Composante Terre. Quelle est la vision politique de sortie de crise ? À l’étranger, la stratégie de la Belgique s’exprime par le déploiement de forces en Estonie, en Afghanistan, en Irak et au Mali (au total près de 600 militaires en permanence). En parallèle, la Défense peine à recruter du fait des exigences propres et de la concurrence d’autres métiers (police, pompiers,…). Or, ce recrutement est essentiel pour la survie du département qui paie actuellement le prix de 20 années de désinvestissement et d’absence de vision dans le domaine HR.

La Défense représente donc un département majeur de l’État en termes d’emplois, de stratégie diplomatique et économique. Malgré tous ces éléments, dans leurs programmes, seul le PS exprime sa vision dans ce domaine (en employant des hypothèses faussées), les autres partis traditionnels n’y consacrant que 4 à 5 lignes (MR et CDH), voir aucune (Ecolo). Est-ce là le sens de l’État de partis voulant exercer le pouvoir ? À moins que ce ne soit l’expression d’un manque de vision stratégique ? Pire, un oubli de ces hommes et femmes qui restent au service du pays… Serait-il possible de connaître finalement leurs positions sur ce sujet (sans s’enfermer dans le sempiternel “Europe de Défense” qui reste un leurre). Deux questions sont finalement importantes : veulent-ils poursuivre les investissements initiés et quels sont leurs théâtres d’opérations prioritaires pour les 4 à 10 prochaines années ?