Opinions
Une chronique de Jacques Laffineur, chercheur et conseiller aux études, UCLouvain.


Voici quatre aspects concrets de cette évolution qui pourraient aider quelque peu les "anciens" à y voir plus clair.

Il n’est pas rare d’entendre des parents d’étudiants de l’enseignement supérieur s’étonner de la tournure prise par l’organisation des études, les conditions de la réussite ou les modes d’évaluation des connaissances. Il est vrai que le décret "de Bologne" et, ensuite, le décret "paysage" ont entraîné des bouleversements considérables. Il serait malaisé d’exposer ici tout ce qui a changé en ce domaine depuis l’époque où, nous, les pères et mères des étudiants d’aujourd’hui, étions "en blocus" et "en session d’examens"…

Bornons-nous à épingler quatre aspects concrets de cette évolution en espérant que cela puisse aider quelque peu les "anciens" à y voir plus clair et, le cas échéant, à adopter une attitude adéquate à l’égard de leurs chéris et chéries en cette période de bloque.

Mentionnons en premier lieu la disparition de plus en plus généralisée des examens oraux. Que cela soit ou non un progrès, force est de constater qu’en pratique, l’accroissement du nombre d’étudiants ne permet plus guère de les interroger autrement que par écrit. Dans certains cursus, les enseignants optent de manière assez systématique pour la formule du questionnaire à choix multiples. Si la correction des copies s’en trouve facilitée grâce aux méthodes informatiques, ne peut-on regretter, principalement dans les matières de sciences humaines, la disparition des questions ouvertes dont les vertus pédagogiques paraissent évidentes ? Sans doute, un renforcement du cadre du personnel enseignant permettrait-il d’éviter les inconvénients de cette situation.

Autre constatation : au fil des dernières années, se manifeste de plus en plus le souhait des étudiants de disposer de locaux où ils peuvent se retrouver pour "bloquer ensemble" ! Les universités et les hautes écoles sont confrontées à cette demande de plus en plus massive qui ne laisse pas de surprendre les générations précédentes : comment parvenir à bien se concentrer dans un tel contexte ? Il faut croire que cela fonctionne malgré tout mais l’on ne peut s’empêcher de souligner ce comportement paradoxal d’une jeunesse ultra-connectée qui aspire toutefois à cette proximité physique.

Une précédente chronique nous a donné l’occasion d’évoquer l’actuel système d’accumulation de crédits au fil d’un cursus d’études. Si cela peut certes atténuer l’effet couperet qu’avait naguère l’échec inhérent à la division d’un cycle en années, lesquelles devaient être complètement réussies avant de passer à la suite du programme, et si cela peut permettre à un étudiant de progresser dans ses études, même en cas d’échecs partiels, l’on ne peut cependant ignorer les lourdes conséquences de ce système pour l’étudiant confronté à des conflits horaires de cours (et d’examens !) qui surgiront inévitablement dans l’accomplissement ultérieur de son parcours. Et que dire de celles et ceux qui risquent d’arriver au terme de leurs études avec un solde conséquent de crédits accumulés et non réussis ?

Une dernière évolution mérite d’être brièvement commentée. Alors qu’avant les années deux mille l’existence de dispositifs d’aide à la réussite était assez rare, leur généralisation au sein des établissements d’enseignement supérieur constitue un progrès indéniable. Ne doit-on pas en même temps regretter que ce besoin qui est particulièrement ressenti par les étudiants débutants fasse l’objet d’un véritable marché exploité par des opérateurs privés à l’égard desquels les pouvoirs publics n’exercent aucun contrôle de qualité ?

Le monde et les temps changent. Les études supérieures n’y échappent pas mais une vérité éternelle peut être opportunément rappelée à nos jeunes qui seraient découragés par un échec : "C’est dans l’effort que l’on trouve la satisfaction et non dans la réussite. Un plein effort est une pleine victoire !" (Gandhi).