Une opinion de Donatien d'Hoop, avocat au barreau de Bruxelles.

Arrêtons de nous voiler la face! La démocratie occidentale telle que nous la connaissons dans nos pays n'a de démocratie que le nom. Après des luttes sans merci lors des différentes révolutions que nos pays ont connues, un nouveau régime de gouvernement fut installé. La volonté affirmée de ces révolutionnaires était de mettre fin à l'Ancien Régime et aux privilèges que la classe dirigeante s'était accordés. Cependant, nombre de ces révolutionnaires n'avaient que pour but l'intérêt personnel, s'en mettre le plus possible dans les poches ou à tout le moins servir les intérêts de la nouvelle classe dominante. À l'époque, jamais il n’a été prévu de créer une démocratie au sens originaire du terme (gouvernement par le peuple, sans élite stable désignée par le peuple). Non, à l'époque, la volonté était de créer un nouveau mode de gouvernement, sans pourtant grandement changer les choses: on changeait juste les destinataires des privilèges. C’est plutôt une république bourgeoise qui est créée favorable à de nombreuses libertés bourgeoises elles aussi (liberté économique, propriété privée,…).

Dans ce que nous appelons actuellement démocratie, de nombreux problèmes sont à pointer du doigt.

Tout d'abord, la démocratie est censée être un mode de gouvernement de l'Etat. Or, pour gouverner un Etat, il faut prendre des décisions servant l'intérêt général, que celles-ci soient populaires ou non. Or, comment prendre des décisions fortes quand le pouvoir est tellement diffus? Est-il normal que chaque décision qui doit être prise doive faire l'objet de compromis incessants? Que chaque fois qu'une décision doit être prise ou que chaque fois qu'un ministre/un député arrive avec un projet ou une proposition de loi, des négociations sans fin s'entament pour que chaque parti y trouve son compte ? "Je soutiens ton projet concernant telle loi ayant pour but de protéger telle espèce d'oiseau mais alors toi tu soutiens mon projet concernant telle exonération fiscale." Ce qu'il faudrait, c'est une analyse approfondie de chaque projet séparément, pour examiner les impacts et la nécessité pour le bien commun, pour la communauté sans qu'il puisse y avoir des pressions politiques.

Une classe dominante qui reste au pouvoir

De plus, comment expliquer dans nos régimes 'démocratiques' que ce soient toujours les mêmes têtes que nous voyons? Parmi nos ministres, nombreux sont ceux qui sont au pouvoir depuis des années voire des décennies (ou à défaut leur fils ou amis placés), changeant de portefeuille comme on change de travail sans pourtant avoir à justifier une quelconque compétence particulière pour le poste. De même, comment expliquer que dans 'le pays démocratique par excellence', les États-Unis, il y ait un si faible taux de remplacement parmi les députés au congrès? (98% de réélection en 1988 ; 90,2 en 1994 ; 98,5 en 1998 ; 96 en 2002 ; 99 en 2004 ; 93 en 2010) Sont-ils si bons, si compétents? A en croire les citoyens, la population, on peut en douter... Cela est dû au fait que, tout comme la classe dominante de l'époque le faisait en, par exemple, justifiant son pouvoir par Dieu, la classe dominante actuelle fait de même en créant des mécanismes de défenses visant à garder le pouvoir au sein de la même élite. Prenons pour exemple la loi concernant le financement des partis. Celle-ci, conçue et votée par les partis traditionnels au pouvoir, fait en sorte qu'il est quasiment impossible pour un nouveau parti, pour une nouvelle figure de s'imposer dans le paysage politique belge (exception faite de certains populistes comme ce fut le cas pour la N-VA et la Lijst Dedecker). Un tel système existe aussi aux Etats-Unis…

Nous ne sommes pas dans une démocratie au sens premier du terme mais plutôt dans aristocratie nouvelle (du grec ‘aristos’, les meilleurs, désignés lors des élections) qui va déboucher en une oligarchie dans laquelle, tout naturellement, la classe dominante essaye de se maintenir au pouvoir via un financement des politiciens qui gagnent, permettant à cette nouvelle classe dominante de rester au pouvoir. La démocratie dérive donc en une aristocratie qui devient rapidement une oligarchie et une ploutocratie (gouvernement des riches)… Cette ploutocratie est d’autant plus évidente quand on regarde le processus électoral que nous connaissons. Comment mener une campagne électorale sur un territoire plus grand que celui d’une commune sans disposer de fonds conséquents ? Or, qui va fournir ces fonds ? Soit l’Etat, c’est-à-dire les politiciens élus, c’est-à-dire la classe dominante ; soit par des fonds privés, c’est-à-dire des lobbyistes, des multinationales, des groupes de pression ayant une influence importante sur les décisions prises par nos politiciens. Comment un politicien pourrait-il aller à l’encontre de l’avis de celui qui a financé sa campagne et qui financera sa campagne de réélection ?

Beau parleur, convaincant, bref populiste

Un moment clé de nos démocraties est bien évidemment les élections. C'est la période pendant laquelle les différents acteurs de la classe dominante vont entrer en compétition les uns avec les autres pour obtenir le plus de voix possibles. C'est le moment où l'on dit que le peuple s'exprime, que la « démocratie s'opère ». C’est surtout le moment où le peuple accepte une fois de plus de se défaire de son pouvoir pour le mettre dans les mains de la classe dominante : la classe politique. C’est le moment où le peuple va élire ses dirigeants, où les meilleurs vont être désignés. Les meilleurs? Malheureusement non... Certes nous avons aussi des gouvernants compétents, mais malheureusement pour être élu dans nos 'démocraties', il ne faut pas nécessairement être compétent, il faut être 'sexy' politiquement parlant. Il faut savoir faire des voix, parvenir à sentir dans quelle direction le vent tourne, jouer sur les peurs des gens, manipuler les foules, vendre du vent... Il faut être beau parleur, convaincant, bref populiste... Et c'est là un des problèmes majeurs de nos 'démocraties': nous sommes dirigés par des hommes politiques, ayant toujours à plaire, à convaincre, vivant à moyen ou même à court terme, en fonction des prochaines élections. Comment assurer le gouvernement d'un pays et avoir une vision à long terme alors que dans deux ans, il y a une nouvelle échéance électorale? Comment prendre une décision très impopulaire alors que l'on sait que cela signifie sa mort politique? C'est sans doute une des explications du très lourd endettement des 'nos démocraties': les politiciens ont voulu faire plaisir à leurs électeurs en gardant à l'esprit les prochaines élections et sans penser à long terme.

Autre problématique et ressentiment au sein de la population: quel est vraiment le poids de l'électeur dans ce processus 'démocratique'? Combien de fois n'a-t-on pas entendu des citoyens dire: 'à quoi ça sert d'aller voter? À quoi bon, ce sont tous les mêmes?' Si l'on regarde le taux de participation dans des pays démocratiques où le vote n'est pas obligatoire, on peut voir qu'il y a une tendance prononcée à la baisse. N'aurait-il pas raison, ce peuple désabusé? Quand on voit des taux de réélection, comme ceux aux USA, ou quand on voit qui compose le gouvernement belge, n'est-il pas normal de se demander qu'elle est la place des élections dans nos ‘démocraties’? De plus, l'on peut présumer qu'il n'est pas rare que des accords préélectoraux existent... Où est alors la place du peuple? Où est la démocratie dans tout ça?

Nous pouvons donc voir que nous vivons actuellement dans un simulacre de démocratie qui permet à une classe dominante de se maintenir au pouvoir sans trop de difficulté… De plus, qui va remettre en question ou même oser critiquer la « démocratie » alors qu’elle a été élevée en principe fondamental, en idéal à atteindre et qu’on cherche à tout prix à imposer aux autres peuples non-démocratiques. Ce ne serait pas politiquement correct d’oser élever la voix contre la sacro-sainte démocratie.