On connaissait déjà, dans le registre du dopage sportif l'inénarrable "à l'insu de mon plein gré" attribué au cycliste Richard Virenque; il faudra désormais compter avec un nouveau concept - plus conforme, il est vrai, à la rouerie politicienne ! - celui de la "toute bonne mauvaise foi", à moins que ce ne soit - sincérité flamingante oblige ! - celui de la "toute mauvaise bonne foi" !

L'exercice atteint d'ailleurs l'Himalaya de l'hypocrisie lorsqu'il s'assortit aussitôt du reproche fait aux leaders francophones de ne pas s'opposer, par un nouvel artifice de procédure, et quitte à brûler leurs dernières cartouches, au coup de force flamand.

Bref, si la scission unilatérale de BHV finit par avoir lieu, ce ne sera certes pas en vertu d'un scandaleux diktat flamand, mais bien en raison de l'odieuse résistance francophone chaque fois qu'ils osent refuser de se laisser tondre par la majorité flamingante.

Mais ça n'est pas tout ! Le culot nordiste est à son comble lorsque, tenant comme d'habitude deux fers au feu, et après avoir unilatéralement enclenché la machine infernale du vote parlementaire, la coalition flamando-flamande fait mine de vouloir, dans le même temps, négocier une improbable solution de compromis en s'empressant d'expurger par avance d'un éventuel "donnant-donnant" la nomination des bourgmestres "empêchés" de la périphérie, la consolidation toujours recommencée des facilités, l'élargissement de Bruxelles ou encore la création d'une hypothétique circonscription électorale fédérale...

Bref ! Toutes revendications relevant pourtant, tantôt de la démocratie la plus élémentaire (la question des bourgmestres), tantôt d'acquis durement négociés, dûment bétonnés et... toujours réinterprétés (les facilités), tantôt encore d'une volonté positive de rééquilibrages (élargissement de Bruxelles et circonscription fédérale).

En sorte que, non contents de priver par avance les francophones de toute possibilité d'engranger le moindre avantage, nos bons apôtres flamands leur demandent néanmoins, le couteau sur la gorge, de négocier. Tandis qu'en vertu de la seule loi du nombre, la menace du vote parlementaire continue de planer... au cas où l'impossible négociation finirait quand même - sait-on jamais ! - par réserver quelque mauvaise surprise...

Bref ! Un scénario univoque où, s'ils veulent encore "sauver" la Belgique ainsi qu'ils le prétendent, les francophones, wallons en tête, n'ont qu'une seule issue : se coucher poliment devant le rouleau compresseur flamando-flamingant !

Cette duplicité, ce monument de double jeu politicien participent d'une telle mauvaise foi qu'on est aujourd'hui en droit de s'interroger sur la question de savoir si francophones et néerlandophones partagent encore le même moule intellectuel, le même logiciel de pensée, tant l'incompréhension semble totale entre les façons des uns et des autres de raisonner.

Sauf à considérer que les Flamands trichent et mentent comme ils respirent, l'on est bien obligé de se poser la question de savoir par quelle curieuse alchimie mentale, par quel enchaînement politico-culturel - et c'est bien ce qui inquiète ! - une telle horreur intellectuelle a été progressivement rendue possible.

Il est vrai que dans cette histoire "à la belge", nos hommes politiques wallons et bruxellois n'ont eu de cesse de se montrer singulièrement pusillanimes; tandis qu'aujourd'hui, sous prétexte de sauvegarder les prétendus dividendes des transferts Nord-Sud, en oubliant d'ailleurs de rappeler inlassablement que ce fut l'inverse pendant plus d'un siècle, ils continuent imperturbablement d'adopter l'attitude frileuse d'un peuple colonisé, une attitude conciliante et quelque peu soumise, une attitude aussitôt interprétée comme une preuve de faiblesse, une attitude régulièrement jalonnée par de nouvelles reculades, de nouvelles concessions.

C'est qu'en réalité, face au rouleau compresseur, face aux projets agressifs et conquérants de la "mère Flandre", la Communauté francophone - Wallons et Bruxellois confondus - n'a jamais cessé d'accuser plusieurs longueurs de retard.

La domination politique flamande s'avère désormais à ce point prégnante qu'elle finit par induire une forme de colonisation mentale, voire d'aliénation sémantique.

C'est si vrai que, traitant de la question BHV, nos journalistes francophones n'utilisent plus que le concept de "scission" alors même que le prescrit constitutionnel n'exclut en rien d'autres formules.

Il est vrai qu'au nom d'une démocratie singulièrement bancale, celle où, par définition et par la seule vertu de la loi du nombre, la Communauté flamande est toujours majoritaire, on impose à une minorité impuissante un Premier ministre qu'elle finit pourtant de rejeter dans tous les sondages, à plus de 90 pc.