Une opinion de Pierre Nothomb, managing partner de Deminor.

Avec le Covid-19, en un mois, la moitié de la planète est à l’arrêt. Quand réagirons-nous face aux centaines de milliers de morts par an provoqués par le changement climatique ?

La situation actuelle, entre le Covid-19 et le réchauffement climatique, me fait penser à l’histoire de la grenouille plongée dans une marmite d’eau.

Un feu est allumé sous la marmite, de façon à faire monter progressivement la température. La grenouille nage sans s’apercevoir de rien. La température continue de grimper, l’eau est maintenant tiède. La grenouille s’agite moins mais ne s’affole pas pour autant. La température de l’eau continue de grimper. L’eau est cette fois vraiment chaude, la grenouille commence à trouver cela désagréable, elle s’affaiblit, mais supporte la chaleur. La température continue de monter, jusqu’au moment où la grenouille va tout simplement finir par cuire et mourir.

Si la même grenouille avait été plongée directement dans l’eau à 50 degrés, elle aurait immédiatement donné le coup de patte adéquat qui l’aurait éjectée aussitôt de la marmite.

Cette expérience montre que, lorsqu’un changement s’effectue d’une manière suffisamment lente, il échappe à la conscience et ne suscite la plupart de temps aucune réaction, aucune opposition, aucune révolte.

Personne ne savait ce qu’était le Covid-19 au début de cette année, et aujourd’hui la moitié de la planète est à l’arrêt. Les avions ne volent plus, les trains ne roulent (presque) plus, les usines ne tournent plus. La menace a donc été perçue comme imminente, directe et extrêmement menaçante. La réponse, courageuse, des populations, des pays, et surtout de leurs services hospitaliers, nous sauvera, de manière peut-être aussi subite que la menace nous est apparue.

En revanche, le réchauffement climatique a des effets plus progressifs, à l’image de l’eau qui chauffe lentement. Nous en ressentons les effets, par à-coups, mais sans nous sentir directement menacés à très court terme.

Or, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le Covid- 19 est responsable de 48 000 décès dans le monde, à ce jour. Le Forum humanitaire mondial, l’association Dara ou même l’OMS prévoient que les changements climatiques provoquent et continueront à provoquer plusieurs centaines de milliers de morts par an, qui seront imputables au paludisme, à la diarrhée, à l’impact thermique et à la malnutrition.

Cette observation, lancée par Éric Lambin, professeur à l’UCL et à Stanford, m’amène à deux conclusions. La première est optimiste : quand nous ressentirons le risque climatique comme une menace directe (air irrespirable, montée des eaux, destruction d’écosystème, etc.), l’humanité sera capable de réagir en quelques semaines. L’autre, moins optimiste, veut que si la fable de la grenouille se réalise, il sera peut-être trop tard quand nous réagirons.