Une opinion de Joachim Lafosse, cinéaste et scénariste belge, lauréat 2013 des Magritte du meilleur réalisateur et du meilleur film pour “À perdre la raison”.

Chère Sophie Wilmès, chère Bénédicte Linard, cher Jan Jambon, cher Elio Di Rupo,

Ce message pour vous saluer et vous poser cette question : Pensez-vous que nous arriverons à créer un fonds de soutien pour parer au refus des assureurs de couvrir nos tournages ?   
La question est abrupte, mais au fond, c’est la seule pertinente, de mon point de vue, je ne vois pas d’autres solutions à une reprise.
La façon dont le Fédéral laisse le secteur audiovisuel au Communautaire m’effraie et me fâche, cet abandon des arts, cette décision de placer notre secteur du côté des loisirs donc du superflu en temps de crise, me laisse sans voix. 
 
Nos oeuvres ont aidé chacun à traverser le confinement puis on devient superflu !
C’est en même temps politiquement fort habile, au vu des mesures à faire accepter.
Grâce et avec les artistes sacrifiés au nom des priorités du marché, il est plus simple de renvoyer les citoyens à leurs obligations !

Chacun en observant les pauvres artistes comprend bien ce à quoi il échappe.
Chacun peut donc se dire en observant le sort réservé aux Artistes qu’il y a pire et qu’il s’agit de se remettre au travail sans broncher surtout !

Nos plaintes sont veines, il s’agit maintenant d’être offensif en disant haut et fort notre fonction en ces temps obscurs.
Les arts ne sont pas un loisir !
Notre valeur est économique, mais aussi symbolique et vous auriez tort d’oublier cet aspect fondateur de la vie des citoyens. 
 
A n’être que les outils sans âme d’un marché qui tourne fou, vous risquez en oubliant les arts de rencontrer une violence sociale dont vous n’avez aucune conscience manifestement !
C’est votre pouvoir que vous mettez en danger en oubliant le symbole que nous représentons et c’est surtout une part de l’économie réelle que vous sous-estimez.