Le message de Pâques est celui d’une formidable espérance : la tombe n’a pu garder sa proie. Une chronique de Charles Delhez sj

Les chrétiens ne sont pas meilleurs que les autres. L’actualité la plus récente nous le rappelle, hélas. Le christianisme n’est pas non plus le seul chemin spirituel, reléguant loin derrière lui les autres religions et traditions. Son originalité se situe dans la résurrection du Christ. C’est en proclamant cette Bonne Nouvelle que l’Église prend naissance. Mais ce message pascal ne repose pas sur des faits historiquement incontestables. De plus, le tombeau vide ne prouve rien. Le centurion avait pu vérifier sa mort, mais qu’est-il advenu du corps de celui qui, deux jours plus tôt, expirait au Calvaire ? Peut-être ses disciples l’ont-ils dérobé. Pourquoi cette fausse rumeur rapportée par saint Matthieu ne serait-elle pas la bonne explication ? L’acte de foi de Pierre et ses compagnons - "Il est ressuscité, il nous est apparu !" - n’est cependant pas seulement une autre explication, mais une décision de liberté : je me mets dans la mouvance du prophète de Nazareth et fais miens ses choix. Il me faut alors revoir mes convictions les plus spontanées et renverser mes certitudes les plus évidentes. Relisons les événements sous cet angle. Jeudi saint. Qui ne cherche à gravir les échelons, à s’élever, qui ne brigue la première place ? Et voici que Jésus dit : "Vous m’appelez Maître et Seigneur, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres." Notre dynamique habituelle est ici renversée. Si tu veux réussir ta vie, entre dans une logique de service. À force de vouloir nous élever, en effet, nous devenons le siège de la jalousie, de l’envie, de la rancune… et notre humanité se transforme en une immense arène. Or, nous dit Jésus, "il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime", dans l’humble service quotidien et jusqu’au don total si les circonstances nous y conduisent. Vendredi saint. Ne sommes-nous pas trop habitués à situer Dieu dans les nuages, au sommet de la puissance ? En ressuscitant son Fils, il nous fait comprendre qu’il est à chercher du côté des exclus, des rejetés, des écorchés vifs, des innocents massacrés. Elie Wiesel, le Nobel rescapé d’Auschwitz, raconte comment il assista à une pendaison par les SS. Parmi ces victimes, un adolescent agonisa plus longtemps que les autres. "Où est Dieu ?", s’écria quelqu’un. "Où est-il maintenant ?" Et Elie Wiesel entendit en lui cette réponse : "Il est ici… Il est pendu au gibet." Nous sommes loin d’une religion qui divinise le pouvoir établi. 

Le matin de Pâques. Ultime renversement, celui du matin de Pâques. Un tombeau vide, cela fait désordre dans un cimetière. Mais si ce tombeau était vide, ce matin-là, comme l’ont dit les femmes, ce n’est pas parce qu’il n’y a plus rien, mais parce qu’il y a trop : notre monde ne peut contenir un tel amour. La tombe n’a pu garder sa proie. Quand la vie est donnée, elle est en effet plus forte que le mal et que la mort. Elle fleurit ailleurs. Ce lieu creusé dans le roc et fermé par une pierre n’est donc plus une sépulture, il est devenu un berceau. Jésus ne s’est pas évadé pour autant, il a rejoint ses disciples par l’intérieur, jusqu’à la fin des temps. Ils pourront mettre leurs pas dans les siens et vivre en sa compagnie, habités par sa présence. Le message de Pâques est celui d’une formidable espérance : choisis d’aimer, c’est un chemin de vie. Ne crains pas la mort, même si tu la redoutes, ne t’efforce pas de la contourner par tous les moyens. Si tu cesses de te cramponner à ta propre existence, tu trouveras la vraie vie. N’interroge cependant pas la fleur d’avril pour savoir comment sera le fruit d’automne. Regarde-la simplement perdre ses pétales avec confiance. Ne demande pas à la chenille ce qu’elle ressentira lorsque, ornée de ses ailes, elle papillonnera dans le ciel d’été, mais évite d’écraser la chrysalide. Tout se joue en effet ici et maintenant.