Les révélations qui se multiplient sur la manipulation et le scellage de données, le court-circuitage des protocoles de révision, par certains des experts du GIEC, ne sont que les symptômes de l’erreur intellectuelle scientiste sur laquelle l’organisme onusien est bâti. Cette erreur se manifeste à trois niveaux : Le GIEC ne s’avance dans les médias que sous l’armure scintillante de la science, pour rejeter ses critiques dans les ténèbres sordides de la contestation des vérités établies. Tout étudiant en première année de droit sait que la nature d’un organe s’apprécie par sa composition, ses compétences et la nature des actes qu’il adopte. Le GIEC est majoritairement composé, non de scientifiques, mais de diplomates. Parmi ses trois objets de compétence - faire la synthèse des travaux scientifiques pertinents dans le domaine climatologique, évaluer les conséquences négatives des changements climatiques prévisibles, recommander aux gouvernements des mesures pour en atténuer les effets - deux sont à coloration (le deuxième), ou de nature exclusivement (le troisième) politique; encore le premier n’est-il pas scientifique au sens strict puisque le GIEC se contente de proposer une synthèse de travaux extérieurs. Le GIEC est donc un organe politique abusivement drapé des oripeaux ennoblissants de la science. A supposer que le réchauffement d’origine d’anthropique soit établi, les mesures sociales, politiques et économiques à prendre pour en atténuer les effets n’en descendent pas tout uniment, comme elles le feraient d’un croissant de lune. Les effets négatifs du réchauffement sont nécessairement de nature diverse et hétérogène, dès lors les mesures à prendre impliquent des choix, l’analyse des ressources disponibles, l’établissement de priorités économiques et sociales, bref des jugements de valeur. Par exemple, le mot "équitable", qui revient régulièrement dans les recommandations politiques du GIEC, n’est certes pas un concept scientifique, pas même tributaire de jugements de valeur : ce concept est un jugement de valeur. L’imposture scientiste est de se revendiquer de la science, soit pour poser des jugements de valeur, soit pour en nier la nécessité, en présentant les rapports du GIEC comme des blocs homogènes de scientificité. Dans la troisième partie de leur rapport, les experts du GIEC ne se contentent pas de formuler des normes dans tous les grands secteurs de la prérogative publique - transports, agriculture, bâtiments, forêts, énergie, etc - mais développent une authentique Weltanschaaung, ou vision du monde, soclée sur le concept irréfutable et malthusien de développement durable. Quant à sa méthode, le GIEC la définit dès le Rapport de 2001 et sans ambage comme globale, dans des termes dont l’ingénuité, s’agissant d’un rapport à prétention scientifique, laissent songeur : "L’évaluation globale est une démarche interdisciplinaire qui combine, interprète et diffuse les savoirs de diverses disciplines des sciences naturelles et sociales en vue de rechercher et de comprendre les relations de cause à effet en jeu dans et entre les systèmes complexes. Les méthodes employées comprennent la modélisation assistée par ordinateur, l’analyse de scénarios, la simulation et l’évaluation participative globale, ainsi qu’une évaluation qualitative basée sur l’expérience et sur l’expertise. [ ] On a nettement avancé dans l’élaboration de ces approches et dans l’application de celles-ci à une évaluation globale, mondialement et régionalement". Tandis que la physique, et chacun de ces savoirs pris séparément, est encore en quête de sa propre synthèse, et que des physiciens moins visionnaires sont à l’heure actuelle enterrés dans l’accélérateur de particules du CERN, à Genève, pour tenter de vérifier des hypothèses synthétiques de physique théorique, constatons que le GIEC est tout de suite passé au stade supérieur et même ultime, de synthèse non des seules sciences de nature, mais d’icelles et des sciences humaines, soit l’équivalent du saint-Graal dans le champ de la Connaissance. Comme je l’explique dans un essai éponyme à paraître, ce qui institue le GIEC en plus grande imposture de la science moderne n’est pas tant la nature de l’erreur scientiste sur laquelle on l’a bâti, qui n’est certes pas neuve (Comte, Renan), que la fulgurance et le caractère planétaire de son succès : c’est que le GIEC a su s’agglomérer une formidable coalition d’intérêts de toutes natures (politique, économique, idéologique, de promotion individuelle et institutionnelle), pour former une invincible armada politico-médiatique nimbée de la caution sublime de la science.