La gratuité dans les musées, c’est maintenant

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Le 2 mai 2012, un décret important dans le domaine des politiques culturelles était adopté par le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Celui-ci rend obligatoire pour les musées subventionnés la gratuité chaque premier dimanche du mois, une mesure parmi les moins onéreuses en vue de promouvoir les musées et d’élargir leurs publics.

Nous pensons donc nécessaire d’en soutenir ardemment l’application sans délai et présenter des pistes pour la réussir.

En 2002, à La Louvière, le "Centre de la gravure et de l’image imprimée" prenait l’initiative d’importer cette pratique de France, cette pratique existant depuis 1996. Dix ans plus tard, une cinquantaine de nos institutions, reconnues ou non, pratiquent cette gratuité, douze dimanches par an. Quel en est l’intérêt ?

Publiée fin 2009, l’enquête Pratiques et consommation culturelles en Communauté française confirme que la fréquentation des expositions ne concerne plus que 28 % de la population, soit une baisse de 9 % par rapport aux résultats de la recherche précédente datant de 1985. Les acteurs de terrain admettent que, chez nous, les musées attirent trop peu de visiteurs, et bien moins que chez nos voisins.

La course aux grandes expositions temporaires est-elle la seule façon de braquer les projecteurs sur les musées ? Pas du tout ! La médiatisation de la gratuité le premier dimanche du mois par l’organisation festive de douze journées par an constitue une réelle opportunité pour la valorisation des fonds permanents de nos musées. Avec des moyens efficaces mais peu onéreux : une présentation "coup de cœur" des œuvres par les bénévoles de ces institutions, la participation en "guide d’un jour" des personnalités du cru, des animations particulières pour des publics ciblés comme les sourds et malentendants, un accueil pour les familles avec des animations spécifiques pour les jeunes

Le manque à gagner de la gratuité peut se compenser par la mise en place de tirelires à la sortie des musées permettant de soutenir des projets précis. En Suède, à Paris, à Gand, à Ath ou à Louvain-la-Neuve, diverses expériences prouvent que la recette des dons est souvent supérieure à celle des entrées. De plus, cette démarche change le statut même du visiteur : le consommateur se mue en "mécène".

Chez nous, il existe peu de statistiques fiables sur la fréquentation de nos musées. C’est en France qu’il faut trouver la seule enquête fouillée récente sur les effets de la gratuité. Datant de 2008, elle démontre que la mesure touche principalement la classe d’âge des 18-25, et "toutes les catégories populaires" (voir "Le Monde", 6/4/2009).

Ici, il en va de même. De 2008 à 2012, Consoloisirs a organisé, mois après mois, quarante visites de musées les premiers dimanches. Le constat est une hausse radicale de la fréquentation (200 %) par rapport aux autres "dimanches payants", encore dopée si l’opération est médiatisée (400 %).

Un exemple chiffré parmi tant d’autres : le dimanche 1er mai 2011, le musée royal de Mariemont a "fait la fête" à sa gratuité et a attiré 462 visiteurs. Beau succès par rapport aux 165 visiteurs pour un "premier dimanche gratuit" normal, et aux 87 visiteurs qui fréquentent, en moyenne, les "dimanches payants".

Simple effet de substitution ? On peut vraiment en douter, même si la chose mérite d’être étudiée de plus près, ce que nous appelons de nos vœux.

Les relations entre arts et publics ne sont évidemment pas une simple question de prix du ticket. Cependant la gratuité du premier dimanche joue un rôle de porte d’entrée permettant d’entamer un travail de médiation : collaboration avec le monde associatif, projets pilotes en matière de transports vers les musées difficiles d’accès, travail en profondeur avec les milieux scolaires, Tenir à jour un guide commun et un site Internet valorisant les premiers dimanches, mettre en place des initiatives nouvelles avec les institutions, promouvoir du tourisme social au sein de nos frontières notamment grâce aux tarifs à 50 % pratiqués les week-ends par la SNCB, sont autant de challenges gérables qui doivent prouver aux derniers sceptiques que la gratuité muséale du premier dimanche du mois n’est en rien une mesure hâtive et populiste, mais bien la mesure la plus importante de la décennie pour valoriser nos musées autrement !

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