Une opinion de Marc H., lecteur de La Libre.


Avis aux amateurs ! Un nouveau buzz vient de faire son apparition sur l’étal déjà bien achalandé de la pensée unique : "la honte de voyager". Pas de panique, il y en aura pour tout le monde : hommes d’affaires, touristes, jeunes et moins jeunes, hommes, femmes, … La sentence condamne tout un chacun sans distinction de race, de sexe ou d’origine sociale.


Car c’est bien d’une sentence dont il s’agit, et bigrement bien pensée ! Sémantiquement, tout d’abord : il s’agit de honte. Là où des esprits faibles auraient imaginé l’idée d’encourager des moyens de communication alternatifs, là où des esprits plus critiques auraient peut-être songé à proposer quelques données factuelles (combien de litres aux 100 km consomme par passager un Airbus A320 ? Comment cela se compare-t-il à une voiture ?), la pensée unique est impitoyable : vous voyagez, donc vous êtes coupable, il ne vous reste qu’à avoir honte, CQFD. Bien pensée ensuite par son à-propos, puisqu’elle fait surface précisément le jour où "la Commission dévoile le coût faramineux de la pollution des avions".

Fini donc l’adage "les voyages forment la jeunesse"… Pourquoi la découverte du monde et de l’humanité emprunterait-elle un autre chemin que celui des tablettes, TV et autres smartphones ? Restez chez vous bonnes gens, surtout ne vous déplacez pas dans le monde pour aller à la rencontre d’autres êtres humains et juger par vous-mêmes… Croyez plutôt ce que l’on vous en dit – Car en effet, si le slogan anglo-saxon parle de "flight shame", la version française bannit quant à elle toute forme de voyage (à juste titre sans doute, car tout déplacement pollue : même à pied, on rejette du CO2…) : exit donc voitures, motos, et même les bicyclettes électriques (car on vous rappelle que les batteries polluent).

Honte, honte, honte! 

Espérons que, pour le passé, la repentance soit possible. Rappelez-vous, ces moments merveilleux passés en vacances en famille, entouré de vos être aimés, profitant du soleil et d’un moment de repos au bord de la mer… Vade retro satanas ! Honte, honte, honte, voilà le seul sentiment que peut désormais vous inspirer ces moments ! Pour vos futurs congés, vous vous contenterez avec un sourire béat d’une partie de crapette chez vous à la maison, devant un bon feu de bois – Ah, non, pardon, pas de feu de bois non plus j’imagine.

Last but not least, on ne peut éviter de parler du comportement ignoble (comme d’habitude) des patrons, cadres et autres consultants qui prennent l’avion comme on prend le bus : pour qui se prennent-ils ? Tenter de maintenir et développer notre économie au niveau international, promouvoir nos entreprises à l’étranger, élargir nos compétences, développer l’emploi… Allons donc, nous n’avons pas besoin de cela, l’état n’a qu’à accorder à tout un chacun le revenu universel, laissez donc les braves gens en paix chez eux ! Et d’ailleurs, puisque cette catégorie méprisable d’individus n’éprouvera sans doute ni honte ni remords, il faudrait peut-être envisager carrément des mesures plus coercitives (amendes, prison) ?

Stupidité naturelle

On le voit, tout cela est si simple et si évident que la première honte qu’on éprouve, c’est celle de ne pas s’en être rendu compte plus tôt et tout seuls. Mais il n’en fut rien, nous avons dû être rappelés à l’ordre par nos enfants, dont nous nous émerveillons qu’ils brossent les cours pour défendre leurs convictions (véhiculées par qui et par quoi ?), alors que le même comportement aurait valu in illo tempore une punition mémorable – quel progrès ! Evidemment, peut-être pas en ce qui concerne la connaissance – de ce coté là on en est plutôt à Farenheit 451 – mais en ce qui concerne un forme de transhumanisme. Car en effet, comment s’étonner de ce qui précède dans un monde où un élu hésite lorsqu'on lui demande si la vie d’un enfant ne vaut pas plus que celle d’un chien (avez-vous des enfants, madame ?). On en viendrait donc à préférer l’intelligence artificielle à la stupidité naturelle…

Comme dans les temps les plus obscurs, la majorité et les élites adoptent un profil bas, effarés qu’ils sont devant la violence brandie par une minorité de terroristes – intellectuels – incultes, et amplifiée cette fois-ci ad nauseam par des "ultramedia" pervasifs. Courber l’échine ou se couvrir de honte : voici le choix qui nous est proposé. A contrario, la pensée unique, elle, prend son envol sans aucune honte, mais c’est vraiment un vol au ras des pâquerettes.