Le 20 septembre dernier, à l’ULB, s’est tenue une conférence sur le thème de "La liberté d’expression", précédée du film du journaliste Olivier Mukuna, "Est-il permis de débattre avec Dieudonné ?", à propos de l’humoriste dont les sketches s’attaquent régulièrement aux milieux sionistes et à la politique israélienne en Palestine.

Parmi les intervenants, Souhail Chichah, chercheur en économie de la discrimination, a critiqué sans détour cette politique, concluant qu’Israël se comporte en "Etat raciste, ségrégationniste et colonial". Il a en outre dénoncé l’impossibilité d’ouvrir ce débat sans être systématiquement vilipendé par les organisations juives et qualifié d’antisémite. Souhail Chichah a ainsi regretté l’instrumentalisation de la Shoah, utilisée pour bâillonner les opposants à la politique d’expansion de l’Etat hébreu. A aucun moment, cependant, il n’a tenu de propos haineux ou irrespectueux envers les Juifs.

Dans le public, néanmoins, les représentants de plusieurs associations juives, venus en nombre, ont d’emblée tenté de l’empêcher de s’exprimer par des huées, des menaces physiques et des insultes, à tel point que la conférence fut interrompue et l’auditoire évacué.

Depuis ce jour, Souhail Chichah est victime d’un harcèlement intense, qui a commencé par une campagne de diffamation, initiée par le Comité de coordination des organisations juives de Belgique, qui accuse Souhail Chichah d’avoir voulu attiser la haine envers les Juifs et d’avoir remis la Shoah en question. Suivront le Centre communautaire laïc juif, l’Union des étudiants juifs de Belgique et l’European Union of Jewish Students, qui l’accuseront d’antisémitisme et de négationnisme, assertions particulièrement graves, a fortiori à l’égard d’un enseignant. Mis en œuvre dans la presse et sur le net, ce harcèlement médiatique a débordé les frontières du royaume. Et certains demandent à l’ULB le licenciement de Souhail Chichah.

En outre, Souhail Chichah a reçu de nombreux courriers anonymes le menaçant d’être passé à tabac et tué : "tu vas saigner, espèce de porc" ; "morpion islamiste, ton heure est venue !" ; "un musulman, une balle ; toi, dix !" Certains de ces courriers font état avec précision de ses horaires et mouvements à l’ULB

Le lundi 4 octobre au matin, en sortant de son domicile, Souhail Chichah échappait de justesse à une tentative d’agression au couteau, grâce à l’intervention de voisins.

Vendredi 8 octobre, il a été convoqué pour répondre d’une plainte déposée contre lui pour incitation à la haine raciale, non pas suite à son discours lors de la conférence, mais pour la rédaction d’un article vieux de plusieurs mois, "De la hiérarchie des races en Belgique", lequel, pourtant, a précisément pour objet de dénoncer les dérives racistes.

Sans aucun soutien, ni des autorités de l’ULB, ni du monde académique, craignant pour sa sécurité physique, Souhail Chichah n’est plus en mesure d’assurer ses activités professionnelles.

La stratégie est évidente : salir, terroriser et harceler pour faire taire, puisqu’un procès est impossible, aucun acte délictueux n’ayant été commis.

Or tout cela ne se passe pas dans l’Allemagne nazie des années 1930, ni en Chine ou en Afghanistan, mais aujourd’hui et en Belgique, Etat démocratique qui garanti la liberté d’expression.

Quelque chose se serait-il donc effondré dans le système de valeurs de cet Etat ? La "liberté d’expression" est-elle désormais une notion abstraite ? Ou bien le "cas Chichah", cette ignoble mise à mort, constitue-t-il l’exception qui confirme la règle ? Pourrait-on, en fait, parler de tout et caricaturer Mahomet sous la forme d’une bombe et assimiler tous les musulmans à des terroristes, de tout, sauf d’Israël et de sa politique en Palestine ?

Si les collègues de Souhail Chichah, si les enseignants et chercheurs, si tous les intellectuels de ce pays continuent de se taire et refusent de le soutenir maintenant, cette stratégie réussira à détruire une part de notre liberté. Si nous laissons faire, "l’exemple Chichah" demeurera, tel une épée de Damoclès, et pour notre plus grande honte.