Une opinion d'Assita Kanko, conseillère communale MR à Ixelles. 

Discrimination positive. Intrigues. Promotion canapé… Voici les collusions recherchées derrière chaque succès. Pas à tous les coups. C’est surtout quand on est née femme ou soi-disant"issu(e) de la diversité" que cette hypothèse surgit. C’est insidieux, c’est blessant je l’avoue. Mais jamais décourageant. Au contraire, cela donne la niaque et nourrit la réflexion.

Pourquoi s’étonner du fait que le travail produise des résultats quand l’autre est née femme ou venu(e) d’ailleurs? Pourquoi est-ce si difficile de concevoir un immigré qui réussit? Il me semble clair que de nombreux Belges, issus de la diversité ou non, ne sont pas prêts à concevoir un immigré bien intégré. Dans les faits, sur le terrain ou dans la correspondance que je reçois,de nombreux éléments viennent étayer cette impression.

D’ailleurs l’ex-ministre de Nicolas Sarkozy, la députée européenne Rachida Dati, en parlait lors de sa conférence au sujet des défis de l’immigration et de l’intégration, le 6 novembre dernier à Bruxelles. Elle avait notamment déploré le fait que certains aient du mal à accepter le succès des autres au bout de l’effort. En gros, tu travailles, tu te bouges, tu transpires et quand tu arrives au moindre résultat, on s’étonne de te voir là. Pourquoi travaille-t-on alors ? Le but du travail n’est-il pas de pouvoir réaliser des étapes de nos rêves, de construire nos vies? Pourquoi supposer qu’une cause étrangère à l’effort fourni puisse généralement expliquer la moindre étape de la réussite sociale ou professionnelle? N’avons-nous pas confiance dans l’ascenseur social ?

L’échec de l’intégration résulte souvent d’une responsabilité partagée.

Cette capacité à injecter le poison du soupçon dans le dos de celles et ceux qui en veulent et qui bossent, cette capacité à prétendre vouloir réussir l’intégration tout en oubliant de joindre l’acte à la parole, voici tant de facteurs d’échec. En digérant la volonté de s’épanouir, en acceptant que réussir une étape est toujours quelque chose de normal, en comprenant qu’en chacun réside naturellement le potentiel de la réussite, nous nous ouvrons et rendons la réussite de l’intégration possible.

Les citoyens responsables n’ont pas de position de rejet face à l’accomplissement d’une femme issue de la diversité. Ils n’acceptent pas le racisme et la misogynie feutrée. Ils n’ont pas de difficulté à accepter la manifestation de cette volonté d’être. Les citoyens responsables soutiennent cet effort d’intégration. Ils s’opposent aux communautarismes, au relativisme culturel, à l’infantilisation et aux préjugés divers.

Parce que dans les faits et au quotidien, nous devons être les premiers porteurs des valeurs que nous défendons. La méritocratie n’a rien de mythique. Le progrès ça se mérite avant de se partager proportionnellement aux efforts fournis.

Les personnes qui ne sont pas encore prêtes pour concevoir un immigré bien intégré ne sont pasencore prêtes pour vivre la neutralité de l’identité, qu’elle soit liée à l’origine ou au genre. Elles ne sont pas encore prêtes pour réussir la cohésion sociale.

Alors que je vis ma vie d’humaine indépendamment de ma couleur et de mon sexe, ce sont elles/eux qui me rappellent que je suis noire, que je suis femme... Oui je suis femme, oui je suis noire, mais je suis beaucoup plus que cela. Enfermer un Homme dans son sexe, sa couleur, son statut social ou son orientation sexuelle, est profondément irrespectueux. Cela montre une approche unidimensionnelle alors que l’individu est un être polyvalent, dynamique, à qui on devrait donner la chance et l‘espace pour déployer ses ailes.

Sinon c’est exaspérant mais ce n’est pas pour autant qu’il faut baisser les bras. Au contraire, il faut se retrousser les manches et poursuivre. Travailler. Continuer à travailler. Car l’important c’est que chacun fasse son travail. Le travail qui « éloigne de nous trois grands maux » comme l’écrivait Voltaire: « l'ennui, le vice et le besoin ». Ce qui m’étonne ce n’est jamais le succès des autres. Ce qui m’étonne c’est toujours l’étonnement de ceux qui ont le temps de chercher à le discréditer.