Une opinion d'Etienne-J. Noël, économiste.

Mieux vaut allumer une chandelle que maudire l’obscurité" (Lao Tseu). Les récentes manifestations pro-climat du jeudi nous rappellent notre propre jeunesse des années 1970, où certains d’entre nous s’enflammaient pour des causes justes ou plus hasardeuses. On se rassemblait, on débattait, on défilait dans les rues, les uns incités par des mouvements trotskistes ou maoïstes, d’autres par les jeunesses atlantistes, d’autres encore par la simple envie de s’exprimer, inspirés par le vécu de nos aînés en 1968.

Exit la "bof génération"

Si on a pu regretter la "bof génération", ne boudons pas la mobilisation d’une jeunesse qui a son mot à dire a fortiori lorsqu’il s’agit de l’avenir de la vie sur la planète. Elle a raison de demander des comptes aux aînés et d’indiquer aux gouvernants qu’elle veut plus et mieux. Sympathiques aussi ces témoignages de ceux qui ont compris qu’il fallait montrer l’exemple d’"en bas" non seulement dans son comportement, ses habitudes quotidiennes mais aussi via des initiatives concrètes qui dépassent les cas individuels. Simplement marcher ensemble dans les rues de la ville, aurait été en effet un peu court. L’inquiétude, l’incompréhension, la révolte n’exonèrent pas du devoir de participer à la construction du futur. On parle beaucoup de rupture à ce propos, des décisions régressives, de rejet du mode de vie actuel, de remise en question des fondements même de la société. C’est un vrai débat. Peut-être même le vrai débat.

Rupture ou évolution ?

Que l’on parle de croissance démographique, de santé ou autre, notre société a toujours su trouver en elle et par elle les solutions aux problèmes rencontrés. Nous ne serions plus là pour en débattre sinon. Un exemple, la croissance phénoménale de la population humaine a fort heureusement été accompagnée par une progression remarquable de la productivité agricole. Si tel n’avait pas été le cas, nous mourrions tous de faim, comme l’indiquaient les prophéties nihilistes d’il y a 40 ans. Le débat n’est-il pas tant de produire mieux notre alimentation que de produire moins ? Aujourd’hui, on peut attendre de la nouvelle génération qu’elle nous aide à construire une économie plus respectueuse des humains et de la Terre mais aussi qu’elle participe aux avancées technologiques qui nous permettront de vivre mieux en polluant moins. Nous y travaillons et son aide, lorsqu’elle arrivera peu à peu dans la vie professionnelle, sera bienvenue.

Les exemples sont légion

Les moteurs d’avions construits en 2019 seront moins pollueurs que la vieille génération des coucous qui sillonnent le ciel parfois depuis 50 ans (le Boeing 747 a pris son premier envol en 1969). Les batteries de nos véhicules électriques ou hybrides ne sont pas encore optimales. Le coût énergétique de la fabrication des panneaux solaires est encore trop élevé alors que leur rendement est susceptible d’être amélioré. La performance énergétique de nos outils de production est perfectible. La base même de notre relation client/fournisseur est elle-même améliorable ; économie circulaire, circuits courts, saisonnalité des produits alimentaires et de leur consommation, transports, commerces de proximité, etc. L’intelligence artificielle saura être un support extraordinaire à l’organisation plus efficiente de notre créativité comme de notre vie en communauté. Enfin, restent tant de découvertes à faire. Tous ces progrès sont à venir grâce à des femmes et des hommes qui y mettront leur personnalité, leur intelligence, leur travail. C’est un beau défi pour la nouvelle génération.

Titre et intertitres sont de la rédaction. Titre original : "À propos de la mobilisation des jeunes autour de la problématique climatique".