Il est temps pour nos eurodéputés de soutenir les fermes familiales qui disparaissent progressivement. Une opinion de Sébastien Snoeck, expert en agriculture et élevage durable chez Greenpeace Belgique. 

Ce 2 avril, la commission Agriculture du Parlement européen s’exprimera sur le sort réservé à la Politique agricole commune (Pac) pour les sept prochaines années. Va-t-elle suivre l’exemple de la commission Environnement et mettre au cœur de la Pac les fermes familiales, plutôt que les fermes industrielles ?

Ces dernières années, les fermes industrielles ne cessent de s’agrandir tandis que les petites exploitations familiales disparaissent. Alors que dans l’ensemble de l’Europe, le nombre d’exploitations a diminué de 2,9 millions - soit près d’un tiers ! - entre 2005 et 2013, la production animale, elle, a augmenté ! Une révolution qui s’est déroulée en quelques années à peine. Aujourd’hui, pas moins de 72 % de l’ensemble des produits animaux européens proviennent des plus grandes fermes.

La Pac a accompagné, voire favorisé, l’intensification de l’élevage sur le continent européen. Les gouvernements peuvent financer directement certaines productions animales ou le développement rural pour construire ou agrandir des bâtiments d’élevage. Mais l’élevage industriel est surtout largement soutenu à travers l’alimentation animale : la majorité des fonds de la Pac sont attribués à qui produit du fourrage ou des aliments pour nourrir le bétail.

Les membres de la commission Agriculture votent ce mardi sur la prochaine Pac. Ils doivent saisir l’occasion d’inverser la tendance pour que l’argent du contribuable européen cesse de bénéficier à une industrialisation croissante de l’élevage et au développement de fermes-usines.

Les ravages des fermes industrielles

Les fermes-usines défigurent les campagnes européennes. Elles alimentent les changements climatiques par les émissions directes des animaux et la production des aliments destinés à les nourrir, qui entraîne déforestation et pression sur les terres partout sur la planète.

L’élevage industriel pollue l’air et les eaux à l’échelle locale : les émissions d’ammoniac engendrent une pollution de l’air considérable dans les zones rurales, et la pollution des eaux par l’azote occasionne près de 320 milliards d’euros de dommages chaque année dans l’UE.

Les conditions d’élevage exiguës sont synonymes de souffrance pour les animaux et augmentent les risques de propagation et d’apparition de maladies transmissibles à l’être humain. À cela s’ajoutent les effets délétères sur la santé liés à notre surconsommation actuelle de viande et de produits laitiers, que les scientifiques appellent à réduire.

Des animaux entassés

La réforme de la Pac - un des budgets majeurs de l’UE - est l’occasion unique d’abandonner l’agriculture industrielle destructrice au profit de méthodes écologiques. En février, la commission Environnement du Parlement de l’UE a voté pour la restriction des fonds alloués aux fermes-usines, pour augmenter la partie du budget attribuée aux dispositifs climatiques et environnementaux et pour aider davantage d’agriculteurs à se convertir à l’agriculture durable. La commission Environnement a voté pour l’adoption d’un nombre maximum d’animaux qu’une ferme peut accueillir selon sa surface, notamment pour traiter les déjections animales en toute sécurité, conformément à la directive sur les nitrates : chaque ferme devrait ainsi disposer de 0,14 hectare par brebis, 0,71 hectare par truie et 1,43 hectare par vache laitière.

Il est temps pour nos eurodéputés de la commission Agriculture de nous montrer qu’ils veulent soutenir les agriculteurs écologiques, la protection de l’environnement, le mode de vie des communautés rurales et une agriculture qui nous aide à lutter contre les changements climatiques. Il faut absolument garantir que l’argent public ne soutiendra plus l’agriculture industrielle et ses ravages. Il est temps de voter" non" aux fermes-usines.