Alors que dans certains pays le nombre de cas baisse fortement et les campagnes de vaccination gagnent du terrain, d’autres font face à de violentes deuxièmes voire troisièmes vagues. Il est donc extrêmement naïf de croire que la pandémie est terminée.

Pour beaucoup d’entre nous, l’année 2021 rime avec espoir et réouverture. Une réouverture économique au sein de nos pays, mais aussi des frontières pour ceux qui seront vaccinés. On commence à voir le bout du tunnel. En effet, dans les pays développés, les dernières mesures de confinement ont porté leurs fruits, et les campagnes de vaccination de plus en plus performantes, viennent amplifier ces effets positifs.

Cependant, l’histoire est très différente dans les pays émergents. Certains d’entre eux dont l’Inde, certains pays d’Afrique et d’Amérique Latine, font face à de nouvelles vagues de coronavirus fulgurantes, qui mettent en péril la santé de leurs citoyens, mais aussi leurs relances économiques.

En Inde, par exemple, on enregistrait 400 000 nouveaux cas par jour il y a quelques semaines. Il est certain que les inégalités en matière de vaccination sont une des raisons pour lesquelles les prédictions sanitaires et économiques divergent tellement d’un pays à l’autre. À titre de comparaison, la moitié des adultes aux États-Unis est aujourd’hui vaccinée, alors qu’en Inde on parle d’environ 3% de la population. En Afrique, seulement 1% de la population aurait reçu une première dose. Ces différences s’expliquent en partie par une politique de « nationalisme vaccinal » des pays développés. En février, les pays les plus riches (représentant seulement 16% de la population mondiale) avaient commandés plus de 60% des vaccins disponibles. De nombreux pays se sont en effet rués sur les vaccins, certains ont même commandé en excès par rapport à leur population. En mars, 90% des vaccins livrés selon l’OMS l'avaient été aux pays développés.

Des conséquences globales

Il est pourtant dans l’intérêt de tous, notamment des pays riches, d’aider à accélérer les campagnes de vaccination dans les pays pauvres. Car vivant dans un monde ultra-interconnecté, nous ne pouvons vaincre cette pandémie sans ces derniers.

Une étude réalisée par l’OMS en janvier dernier montre qu’économiquement parlant, les pays développés y ont beaucoup à perdre. Si la vaccination dans les pays pauvres ne s’accélère pas, ils pourraient faire face à des pertes de production de 2400 milliards de dollars (3.5% de la valeur de leur PIB avant la pandémie), en partie à cause de perturbations liées au commerce international et aux chaînes globales d’approvisionnement.

Il y a également le problème des variants. En effet, au plus on attend pour vacciner le monde entier, au plus la menace de nouveaux variants - qui pourraient s’avérer résistants aux vaccins existants - sera grande. Il s’en suit donc que pour que nos pays soient réellement protégés contre la pandémie et ses répercussions économiques, il ne suffit pas simplement de vacciner nos populations, mais de s’assurer que chaque pays ait accès à assez de vaccins pour immuniser la sienne. Pour cela, les pays pauvres doivent pouvoir accéder au vaccin à un coût minime, voire gratuitement. Jusqu’à présent, ils dépendent du mécanisme COVAX pour leurs campagnes de vaccination, qui s’est engagé à approvisionner 92 pays à faibles et moyens revenus en vaccins contre le coronavirus. Malheureusement, leur mission est aujourd’hui compromise car leur fournisseur principal, le Serum Institute of India (SII) ne fournira plus aucune dose cette année, cela parce que le gouvernement indien vient d’interdire les exportations de vaccins pour répondre à sa propre crise sanitaire.

Certains pensent qu’il faudra attendre 2023 pour que les populations des pays les plus pauvres soient vaccinées. Nous pouvons donc nous réjouir des changements plutôt positifs dans nos pays, mais prétendre que 2021 rimera avec la fin de la pandémie serait extrêmement naïf. Les pays développés doivent absolument ouvrir les yeux sur la situation inquiétante dans les pays émergents : leur propre avenir économique et sanitaire est en jeu.