Une chronique de Francis Van de Woestyne.

Le nom d’Alexander Mather ne vous dit probablement rien. C’est un collégien vivant dans l’État de Virginie aux États-Unis. Il a participé au concours, proposé par la Nasa aux étudiants américains, destiné à baptiser le "rover", l’astromobile qui s’est posée il y a quelques jours sur la planète Mars. Le succès a été impressionnant : plus de 28 000 idées ont été envoyées à l’équipe de communication de la Nasa, qui en a retenu neuf, parmi lesquelles "endurance", "tenacity", "vision", "courage". C’est finalement "perseverance" qui l’a emporté. Dans sa lettre de motivation, Alexander Mather avait expliqué que "perseverance" fait écho à la capacité des humains à s’adapter, même lorsqu’ils rencontrent des difficultés et des échecs dans l’exploration de la planète rouge.

Car il en a fallu, de la persévérance, pour approcher Mars et y poser, après de nombreuses tentatives infructueuses, le bras d’une première sonde. Depuis le début des années 1960, plus de quarante engins ont été envoyés vers Mars, cette planète qui fascine les hommes depuis l’Antiquité. Aujourd’hui, les performances technologiques et scientifiques, combinées au développement de la connaissance du cosmos, permettent d’espérer qu’un jour prochain l’homme foulera Mars du pied. Peut-être d’ici une vingtaine d’années. Car le voyage restera périlleux, les opportunités de lancement ne s’ouvrent que tous les 24 ou 26 mois, période au cours de laquelle le voyage est plus court et plus simple - les deux orbites des deux planètes n’étant pas parfaitement circulaires, ni situées dans le même plan. C’est un peu comme si, pour aller de Liège à Tournai, il fallait parcourir, certains jours, 175 kilomètres et, d’autres, 234 kilomètres. Sans pouvoir être certain d’y arriver.

Viser le progrès

Ces difficultés illustrent combien, en matière spatiale, la persévérance est indispensable si l’on veut progresser et réussir. Dans la vie de tous les jours aussi. La persévérance est une attitude, une vertu qu’il n’est pas évident d’acquérir, voire de cultiver, car elle demande un certain courage et un dépassement de soi, parfois. La persévérance que l’on ne doit pas confondre avec l’obstination, comme le disait joliment Théocrite : "La persévérance est la noblesse de l’obstination."

Une autre locution latine, parfois attribuée à Sénèque, prend à revers le sens positif que nous pouvons attribuer à la persévérance. "Errare humanum est, perseverare diabolicum." ("L’erreur est humaine, persévérer est diabolique.") Le propre de l’homme serait donc de commettre des erreurs, qu’il convient de banaliser. Mais le danger serait de s’obstiner lorsqu’il apparaît que l’on s’échine à poursuivre dans une mauvaise voie. Comment sortir de cette apparente dichotomie ? C’est John Powell qui nous donne la solution lorsqu’il affirme : "La seule véritable erreur est celle dont on ne retire aucun enseignement."

Le rover Perseverance, dont la mission illustre déjà la victoire après des années de recherche, pourrait peut-être nous donner, quel que soit notre âge, l’envie, le goût de terminer ce que nous avons commencé, malgré les échecs successifs et les moments de découragement. Car il en faut, de la persévérance, dans la vie, même si, depuis Guillaume le Taciturne, on sait que "point n’est besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer".

Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’au Québec la notion de persévérance est utilisée dans l’enseignement, non pour désigner les faiblesses que peuvent éprouver les élèves, mais précisément pour définir la qualité qu’ils devraient acquérir pour s’améliorer et réussir. Chez nos lointains cousins, la persévérance scolaire est préférée aux expressions "décrochage scolaire" et "abandon scolaire" afin de mettre l’accent sur la ténacité plutôt que sur l’échec. Il s’agit de quantifier non pas les revers mais de mesurer les progrès. Chaque année, des Journées de la persévérance scolaire sont organisées non pas, comme on le dirait ici, pour lutter contre l’échec scolaire, mais pour encourager les citoyens à "prendre un moment significatif pour penser à l’importance que prend l’école dans la vie des élèves et des étudiants du Québec". Et cette réflexion a pris de l’ampleur puisque se développe aussi l’idée que "prendre un moment pour les jeunes, c’est prendre un moment pour le Québec de demain". Pourquoi ne pas transposer cette idée en Communautés francophone, flamande, germanophone, au bénéfice du pays : prendre un moment pour les jeunes, ce serait prendre donc un moment pour la Belgique de demain… ?