Opinions

Une opinion de Drieu Godefridi, docteur en philosophie (Sorbonne) et juriste.

Mauvaise polémique estivale, le ramdam autour du tweet de la conseillère MR traitant les cathos de « couillons » ? Je crois au contraire que cette polémique pose une vraie question, celle de la coexistence, au sein du parti libéral, de croyants et d’athées.

Commençons par écarter les faux débats.

« Il faut respecter la liberté d’expression de Melle Smet. » Qui demande qu’on la musèle ? Personne, à ma connaissance, n’a préconisé que la conseillère soit poursuivie en justice. Sa liberté d’expression est, en l’espèce, absolue, avérée et sans conteste.

« Le lien qui a été fait entre le compte privé de cette personne sur Twitter et sa fonction de conseillère au MR relève d’un méprisable procédé maccarthyste. » Twitter est un média de masse, auquel peuvent accéder potentiellement 7 milliards d’êtres humains (même ceux qui ne sont pas inscrits sur Twitter peuvent en consulter le contenu). Certes, il existe des comptes privés (accessibles aux seuls abonnés), mais c’est précisément cette option que n’a pas choisie Melle Smet. Si un quidam attribuait la responsabilité des attentats du 11 septembre à la CIA et au Mossad, qui s’étonnerait qu’on fasse le lien avec sa chaire d’histoire contemporaine à l’Université catholique de Louvain ? Qui ne voit, d’ailleurs, que ce tweet cathos=couillons serait ignoré par tous, n’était précisément la fonction de conseiller qu’occupe son auteur auprès du président du MR, dans le domaine des cultes ? Si Melle Smet était boucher-charcutier, ou trader, personne n’aurait fait le lien entre son tweet et sa spécialité dans les terrines de marcassin ou les produits dérivés.

En réalité, cette polémique pose une vraie question, qui est la coexistence, au sein du parti libéral, des croyants et de ceux qui ne le sont pas. (Précisons que je suis agnostique et que je n’ai aucun rapport avec le MR.)

Depuis qu’Omer Vanhaudenhove a ouvert grandes les portes du parti libéral aux catholiques, en 1961, le parti libéral, sous ses différentes appellations, n’a jamais renié son esprit d’ouverture à l’égard des croyants, jusqu’à l’association récente des chrétiens du MCC (Gérard Deprez) et l’audacieuse tentative avortée de Didier Reynders de phagocyter l’ensemble du CDH. Parmi les élus, les cadres et les électeurs du MR, se trouve un grand nombre de croyants, d’agnostiques et d’indifférents au fait religieux.

Peut-on sincèrement s’étonner que ces libéraux aient été heurtés par le tweet de Melle Smet ? Est-il choquant que certains d’entre eux aient choisi de rendre public leur désaccord dans cet autre média de masse — bien plus local que twitter ! — qu’est lalibre.be ? Imagine-t-on la réaction des libéraux athées militants et/ou francs-maçons, si un conseiller catholique du président du MR s’était avisé de traiter de « couillons » 80 francs-maçons morts dans l’incendie de leur temple, en s’amusant que, du coup, plus aucun franc-maçon ne puisse y accéder ?

Vieilleries que ces références au fait religieux, sans aucune importance pratique ? Je le crois d’autant moins que l’on observe, dans les plus récents débats éthiques, une appropriation de l’appareil du MR au service d’idées minoritaires. Dans un débat public que j’avais eu avec le sénateur Brotchi (MR) sur l’euthanasie des enfants, celui-ci me disait sa stupéfaction que « certains parlementaires parlaient comme Mgr Léonard. » Quelle horreur !

Ce serait faire preuve d’un esprit peu chrétien que souhaiter que Melle Smet soit « virée » : nous commettons tous des erreurs, des bourdes, des maladresses. Mais ne serait-il pas rationnel que sa compétence de conseillère aux cultes — elle en a d’autres — échoit à une personne qui, à défaut d’y adhérer, leur témoigne, sinon même du respect, au moins une forme d’intérêt poli, comme on le fait avec les élucubrations de personnes un peu arriérées mais pas méchantes ? Cette suggestion, s’agissant du deuxième plus grand parti belge francophone, financé par l’argent des contribuables et jouissant du soutien de nombreux croyants chrétiens, juifs et musulmans, ne paraît pas exorbitante. Bien sûr, cette décision ressortit au seul président du MR ; là encore, qui le conteste ? Il ne s’agit, de notre part, que d’un souhait et — osons le mot — d’une prière.


Mise à jour rédactionnelle (lundi 29 juillet, 12h) : 

Ce lundi, suite à une rencontre entre Charles Michel et Gaëlle Smet, il a été décidé de mettre un terme à la collaboration entre le MR et cette conseillère en neutralité de l'Etat au Centre Jean Gol. Le porte-parole du MR, Fred Cauderlier, a contacté LaLibre.be pour préciser que le commentaire de Gaëlle Smet ne correspondait pas au respect des religions, au respect des morts et à la neutralité de l'Etat défendus par le MR.