L’accord sur le nucléaire iranien "est plutôt mal en point". Pour l’Iran, l’Europe doit contribuer à le sauver, au risque de mettre en danger la sécurité mondiale. Une opinion de P. Seadat, ambassadeur de la République islamique d’Iran en Belgique.

L’Iran permet au président Trump de faire la une de l’actualité. Il a pourtant un avantage particulier pour les faucons à Washington et dans la région. Il est tempétueux et impulsif. Cela le rend sensible aux influences des détenteurs de la marque "Iran de haine" ; applaudit quand il en parle, et incendié quand il se tait.

Les responsables de la stratégie de pression maximale et des escalades militaires ont trois objectifs en tête : pousser l’Iran à quitter l’accord nucléaire ; organiser un front anti-Iran ; et déclencher des troubles sociaux en Iran.

Le JCPOA (Joint Comprehensive Plan of Action, dit "accord nucléaire") reste central pour ceux-ci. Plus il prend des coups, plus les risques d’escalade s’accroissent. Depuis le 8 mai 2018, une alternative raisonnable pour l’Iran aurait été de se retirer de l’accord. L’Iran, pourtant, a choisi avec prudence d’y rester. Quinze rapports de l’AIEA (l’Agence internationale de l’énergie atomique) confirment sa pleine conformité. Unilatéralement, pourtant, l’Iran, une fois de plus, au lieu de se retirer, a annoncé une réaction en plusieurs phases mais limitée dans le temps, selon les termes de l’accord, afin de donner à la diplomatie une nouvelle chance de sauvegarder l’accord.

En fait, une fois adopté, le JCPOA a porté un coup aux mauvaises intentions des alliés régionaux de l’Amérique.

Depuis lors, ils ont activé avec agressivité leurs réseaux d’influence, les lobbies et les médias aux États-Unis et en Europe. Cela a porté ses fruits quand le président Trump a quitté l’accord et a mis une pression maximale sur l’Iran. La clé de cette conception malveillante, c’est qu’elle prévale dans l’ère post-Trump à Washington, de sorte que des fautes du type JCPOA ne se reproduisent pas. Une chose est pourtant claire. Tout incident majeur de sécurité dans la région, auxquels ces régimes poussent, les frappent d’abord eux et la région. Ces subtilités actuelles, y compris la maladresse du président Trump et l’affirmation de Netanyahou de maintenir Israël en dehors des tensions américano-iraniennes, suggèrent à quel point les Saoudiens et les Émirats arabes unis sont prédisposés à une autre erreur de calcul stratégique majeure.

La réaction de l’Europe face à Trump

L’Europe, en revanche, semble être prête à une politique du pied dans la porte. Le conservatisme historique européen continue d’éluder toute impression qui équivaudrait même à un divorce à l’amiable dans les relations transatlantiques. L’Europe, au contraire, est vouée à sauver de tels liens, regardant déjà l’ère post-Trump. Le président Trump n’est vraiment pas le genre de l’Europe. Sa conception du droit international, de l’ordre et du multilatéralisme est inexistante, comme le prouve très clairement sa trajectoire. Tant que le président Trump les conteste sous la bannière de "l’Amérique d’abord", l’Europe ne sert qu’à recoudre les plaies.

Cela traduit la position de l’Europe sur le JCPOA et les tensions actuelles. L’Europe, en matière de politique, est catégorique sur l’importance stratégique du JCPOA pour la sécurité et la non-prolifération. Néanmoins, elle réagit au hors-la-loi américain passivement et avec défaut. Avant le retrait de Trump, cela a même conduit certains Européens à vouloir, à tort, apaiser l’administration sur un accord complétant l’accord nucléaire ! Cela a tourné à l’échec, à la fois par principe et parce que c’était inacceptable pour l’Iran, qui se conforme à l’accord existant.

Suite au retrait des États-Unis, l’Europe a réaffirmé son engagement à normaliser ses relations économiques avec l’Iran. Jusqu’à présent, l’Europe s’est pauvrement limitée au renouvellement "blocking statute", qui ne fonctionne pas à ce jour ; au réexamen du mandat de la Banque européenne d’investissement, minimal ; à l’enregistrement d’un canal de paiement appelé Instex, pas encore opérationnel ; et à l’expression de regrets sur la pression maximale du président Trump. Le pire, c’est le même appel erroné de la part de certains Européens à un accord complémentaire, ce qui indique que l’Europe est sujette aux pressions. De plus, Washington résiste à gagner le soutien de l’Europe, sachant que si l’Iran abandonne, l’Europe a déclaré qu’elle cesserait. Tout cela retentit négativement à Téhéran.

Comment l’Europe peut aider à résoudre la crise

Les politiques actuelles de l’Europe comportent de graves risques, car celle-ci reste vulnérable à la volatilité de la région. Comment l’Europe pourrait-elle contribuer à remédier à la situation critique actuelle ?

Premièrement, l’Europe doit respecter les principes et valeurs centraux sur lesquels elle a construit sa politique étrangère et de sécurité commune. Lors de la publication de sa "Stratégie globale" en juin 2016, l’UE semblait assez confiante sur la poursuite de "l’ambition de l’autonomie stratégique… dans un système international fondé sur des règles et sur le multilatéralisme". Cela reste encore très loin d’être atteint. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’Europe peut agir horizontalement sans compromettre ses principes.

Deuxièmement, alors que l’intégration européenne opte pour des mesures préventives au lieu d’une coûteuse gestion d’après-crise, elle ne semble pas bien préparée pour faire face à l’explosion d’une crise majeure. L’Europe a besoin de planifier et d’agir rapidement pour faire face à de telles éventualités ou faire face à leurs coûteuses répercutions, notamment en matière de sécurité.

Troisièmement, l’une des composantes majeures de la Stratégie globale de l’UE et sa vision du Moyen-Orient consistent à "agir avec souplesse pour aider à surmonter les divergences et appuyer les acteurs régionaux à livrer des résultats concrets". L’Europe, acteur mondial, comme dans le cas de JCPOA, devrait surmonter son inaction actuelle.

Quatrièmement, l’Europe devrait surmonter les incohérences dans sa politique étrangère commune, en particulier lorsqu’elles révèlent une politique de deux poids deux mesures. Entre autres, alors qu’elle investissait dans l’accord de paix de Stockholm, en sachant que des opérations militaires en cours au Yémen taillées sur mesure par l’Arabie saoudite ternissaient les perspectives de paix, l’Europe continue de vendre des armes au Royaume.

Cinquièmement, l’Europe devrait soit tenir ses engagements dans le cadre du JCPOA, soit faire face à un défi de fiabilité. L’accord, qui est peut-être la seule réalisation stratégique de l’Europe depuis des décennies, est plutôt mal en point. L’Europe devrait accélérer de toute urgence la mise en œuvre effective du JCPOA.

La survie de JCPOA jusqu’à présent est principalement à mettre au crédit de l’Iran. Cela montre que l’Iran, une fois qu’il est respecté, s’engage et, quand il s’engage, il tient ses promesses. L’Iran, de plus, au sujet de ses intérêts stratégiques, continue de faire écho à la réconciliation régionale.

L’actuelle campagne mal intentionnée de l’administration Trump et de ses quelques alliés dans la région constitue un risque majeur pour la sécurité mondiale. Dans ces circonstances, les États-Nations portent des responsabilités majeures.

Une opinion de P. Seadat, ambassadeur de la République islamique d’Iran en Belgique

Chapô et intertitres sont de la rédaction.