L’événement politique le plus inhabituel des dernières semaines a sans doute été la réaction d’abord hésitante, puis prudente et modérée de la N-VA à l’annonce de l’abdication du roi Albert II et de la prestation de serment du nouveau roi Philippe.

A la surprise de la majorité des Flamands, Bart De Wever a décliné l’invitation de la VRT à participer au débat qu’elle organisait le soir où le Roi avait annoncé son abdication. Et, afin d’éviter tout incident, les militants et les bonzes du parti ont reçu l’instruction de ne pas tweeter sur le sujet. En précisant toutefois qu’il n’est pas "la personne la plus royaliste", Bart De Wever a déclaré devant les caméras que le nouveau roi Philippe sera reçu à Anvers "à bras ouverts". Et au lieu d’exiger l’instauration de la république, le bourgmestre d’Anvers s’est limité à une plaisanterie d’un goût douteux : "S’il a faim, il recevra à manger", a-t-il ajouté. Il veut toujours ouvrir la discussion sur l’instauration d’une monarchie protocolaire, mais le parti nationaliste assistera quand même à la prestation du serment le 21 juillet.

Ne pas brûler ses cartes

Au nord du pays, on s’est interrogé sur les raisons de cette modération inhabituelle. Certains ont avancé l’hypothèse que la N-VA ne veut pas offrir aux partis traditionnels le monopole des places d’honneur au cours du grand spectacle médiatique qui s’annonce. D’autres pensent qu’elle entend démontrer une fois pour toutes son légalisme. Mais l’explication la plus évidente pour son étonnante réticence à s’exprimer sur le sujet est évidemment que la N-VA veut éviter de brûler ses cartes pour les élections de l’année prochaine.

Bart De Wever ne jouit plus d’un climat médiatique proche de l’idolâtrie. L’éternel contestataire est devenu l’homme du pouvoir à Anvers et ses actions sont suivies d’un regard de plus en plus critique. Cela explique sa prudence du serpent. Récemment, la N-VA a été critiquée pour sa propension à réduire tout problème à une question d’argent. Par exemple, dans le dossier du "Sinksenfoor", une kermesse qui empêchait certains habitants du (très chic) quartier "Zuiderdokken" de dormir.

Virginité politique perdue

Le silence des six riverains, qui avaient entamé une procédure en justice, a été acheté en leur accordant la folle somme de 45 000 euros. Aux yeux de pas mal d’Anversois, il s’agit d’un gaspillage en faveur de quelques citoyens bien habiles. Puis, il y a eu l’affaire de la faillite du Beerschot. Pendant 48 heures, Bart De Wever a créé l’impression de se faire une conception ultra-monétariste du foot en croyant qu’on pourrait - par une forte injection financière - convaincre le club de Zulte Waregem de déménager à Anvers.

L’annulation par la nouvelle majorité anversoise de 7 millions d’euros de subventions à une série d’associations progressistes n’a fait que confirmer l’impression que le leader de la N-VA a définitivement perdu sa virginité politique. Et quand on lui pose des questions critiques, le bourgmestre d’Anvers s’en prend de plus en plus souvent au manque d’objectivité des médias.

Pas mal de journalistes flamands reprochent en effet à la N-VA de criticailler n’importe quelle mesure prise par le gouvernement fédéral : le compromis sur l’harmonisation des statuts ouvriers-employés, l’effort budgétaire, la réforme institutionnelle, sans toutefois présenter des solutions alternatives. La N-VA craint manifestement que cela ne se reflète tôt ou tard dans les sondages.

A l’approche de 2014, le parti doit donc modérer ses messages, d’autant plus qu’au nord du pays, la volonté d’instaurer une République est loin de faire l’unanimité.