Voilà dix ans, en 2000, que le livre intitulé "Tempête au Vatican" a été publié. J’y suggérais des changements radicaux dans la gouvernance de l’Eglise. Plus de transparence, des pouvoirs enfin accordés aux laïcs, le choix des évêques par les fidèles, l’acceptation des moyens de contraception, l’ordination d’hommes mariés, l’ordination de femmes

Manifestement, rien ne change. Je n’avais pas été très long sur les affaires de pédophilie, mais je prévoyais néanmoins l’inimaginable. A la page 266, j’écrivais : "Deux évêques compromis dans des affaires de pédophilie."

"Jacquerye divague, romance", disait-on. En fait, je mettais le doigt sur une des plaies de l’Eglise, celle de son silence devant ces actes répréhensibles. Certes, Benoît XVI se dit aujourd’hui meurtri par tous les cas de pédophilie. Il n’explique cependant pas son silence durant 23 ans, lorsqu’il était le bras droit de Jean-Paul II, au courant de tous les cas, et lorsqu’il étouffait les affaires.

Dans le livre, la transparence et le courage étaient exigés, alors que les cas d’abus sexuels étaient placés au Vatican sous "secret pontifical" ("Secretum pontificium") et classés comme offense relevant d’une punition ecclésiastique.

Or, quel est le constat aujourd’hui : 23 ans de cécité et de silence coupables, et maintenant une réaction en chaîne, avec notamment plusieurs évêques contraints à la démission Les autorités ecclésiastiques sourdes à toute critique se rendent compte enfin, mais bien tard, que seules la vérité et la sévérité rétabliront la crédibilité de l’Eglise. Pourquoi avoir attendu si longtemps ? Serait-ce vraiment leur conscience qui les fait agir, ou plutôt la pression des médias et la crainte de perdre leur légitimité de pouvoir encore parler d’éthique et de morale ?

Le théologien Hans Küng, connu pour ses réactions brutales, se montre intraitable et déclare lors d’une interview : "On ne peut absoudre ni le Pape ni les évêques de leur responsabilité."

Les langues se délient enfin, même parmi les plus hautes autorités de l’Eglise. A propos d’un cas en Autriche, le cardinal Christoph Schönborn, archevêque de Vienne, a en effet accusé le cardinal Angelo Sodano, qui fut durant seizeans le secrétaire d’Etat de Jean-Paul II, d’avoir organisé à la fin des années 90 une "conspiration du silence".

Je stigmatisais la mauvaise adaptation de l’Eglise aux problèmes sociologiques et psychologiques des clercs : "Si le célibat permet de porter plus librement la Bonne Nouvelle, en revanche, il comporte des contraintes souvent démesurées par rapport à l’objectif." D’après les textes évangéliques, il s’avère pour les exégètes que le célibat n’a jamais été imposé par Jésus-Christ aux premiers disciples.

En mars 2010, Hans Küng veut s’en prendre aux racines du mal et rue dans les brancards. Dans le journal "Le Monde", il demande instamment que la règle du célibat soit enfin librement et ouvertement reconsidérée. Il invite les évêques à aborder enfin de front la question des abus sexuels eux-mêmes, et d’oser discuter de sa cause essentielle et structurelle : la règle du célibat.

La discussion aura-t-elle lieu ? En tout cas, les voix s’élèvent. En mai, un évêque autrichien, Paul Iby, d’Eisenstadt, déclare que "les prêtres devraient être libres de décider s’ils veulent se marier ou non" et que "le Saint-Siège est trop timide à ce sujet". Et le cardinal Schönborn a tout de suite enchaîné : "Les préoccupations qui ont été exprimées par l’évêque Iby, nous les ressentons tous."

Dans "La Libre", Jean-Paul Duchâteau donne son avis sur la solitude du prêtre : "Serait-il moins efficace pour Dieu et pour ses paroissiens s’il pouvait s’appuyer sur une épouse et des enfants ? Ne gagnerait-il pas encore en humanité et empathie ? Poser la question, c’est y répondre."

Verra-t-on les règles de l’Eglise évoluer ? J’en doute toujours. Quand en 1966, une commission d’évêques instaurée par Paul VI vote en faveur de la contraception dans le mariage, le pape Paul VI décide en 1968 de ne pas suivre cet avis et condamne toute forme de contraception, à la stupéfaction de la toute grande majorité des chrétiens.

L’attitude du Vatican continuera à nous stupéfier. L’aveuglement de l’Eglise est la source de son dépérissement.