Une opinion d'Amélie Wuillaume, docteur en sciences économiques et de gestion, assistante d'enseignement à l'UCLouvain.

Nous connaissons une crise sanitaire sans précédent. Le Covid-19 est particulièrement transmissible. Il se propage silencieusement et ébranle nos habitudes, contamine nos relations avec les autres et fragilise notre tissu économique.

Pour nos entreprises, la période d’incubation n’aura pas été très longue et les symptômes commencent déjà à apparaitre…

Selon la FEB, cette épidémie aurait déjà coûté 2.5 milliards d’euros1 aux entreprises en Belgique et aura, sans aucun doute, des répercussions socio-économiques à moyen et long termes… à l’heure où l’on comprendrait aisément que les entreprises, fragilisées, se montrent découragées, beaucoup, non sans quelques difficultés respiratoires, se montrent plutôt très combatives.

2.5 milliards, c’est un chiffre impressionnant- qui rend compte de la valeur qui est détruite par cette épidémie. Mais ce qui est tout aussi impressionnant, c’est le nombre d’initiatives qui redéfinissent ou créent de la valeur.

Les entrepreneurs s'engagent

Cette redéfinition ou cette création de valeur, on l’observe chez beaucoup d’entrepreneurs. Face à l’incertitude, au bouleversement du quotidien, ils décident de s’engager et de continuer, à leur manière. Certains persistent ; ils font face à l’adversité en continuant leur activité un peu différemment. D’autres s’adaptent ; ils donnent une autre forme à leur activité initiale. D’autres encore ne se définissaient pas comme des entrepreneurs il y a quelques semaines mais le deviennent progressivement…

Des chefs délaissent leur coque pour se coiffer d’une nouvelle casquette de livreurs à domicile, des aides ménagères expriment leur créativité dans la fabrication de masques de protection et des gestionnaires de plateforme digitale (re)construisent des ponts entre les étudiants et employés chassés de leurs bancs et bureaux et leurs ainés tenus le plus à distance possible du coronavirus.

Résilience

De chaque expérience, on apprend. Et les entrepreneurs l’ont bien compris. Là où d’autres se demandent encore pourquoi ce virus à couronne impacte leurs habitudes, nos entrepreneurs démontrent toute leur résilience. Face à ce virus destructeur, ce qui n’a pas été détruit, c’est leur capacité à identifier des opportunités, leur réactivité, leur adaptation, leurs compétences, leur capacité à convaincre et à mobiliser leur réseau et, leur passion. Ils mobilisent, redéfinissent, réemploient ces différentes composantes.

À titre d’exemples, un célèbre restaurant italien de la région de Mons, s’est adapté dès le lendemain de l’annonce de la fermeture de l’Horeca en Belgique et a mis en place un service "tutti a casa" de plats qui ont fait sa renommée, à emporter ou en livraison à domicile (Le restaurant, très concerné par la crise, a maintenant considéré plus prudent pour chacun de stopper cette activité).

Non loin de là, dans une société de titres-services, c’est une transformation du métier qui s’est opérée. Plutôt que de rester inactive, l’entreprise a fait le choix de se transformer en fabrique de masques pour mettre à profit la formation en couture de ses employées. Finalement, un mouvement citoyen s’est développé en ligne en mobilisant les compétences de mise en réseau des entrepreneurs qui l’ont initié. Cette plateforme digitale met en relation des personnes (le plus souvent des séniors) qui ont besoin que soient faites leurs courses de première nécessité et leurs voisins-bénévoles, qui réalisent et déposent ces achats devant leur porte en respectant des règles d’hygiène très strictes.

Tout l’enjeu sera ensuite de capter la valeur créée par nos entreprises résilientes et de la maintenir durablement. Si nous rêvons un peu, le projet "tutti a casa" pourrait être maintenu sur le long terme, au côté du restaurant initial, pour opérer une diversification de l’activité. La production de masques en Belgique pourrait réduire notre dépendance à l’égard de la Chine, principal producteur de masques actuellement. Et, la plateforme d’aide à nos ainés pourrait croitre et (re)nourrir des liens intergénérationnels lorsque les contacts sociaux seront de nouveaux autorisés.

Faisons preuve d’honnêteté et de lucidité, nous traversons effectivement une période douloureuse, dont les symptômes sur nos vies et notre économie n’ont pas fini de se développer mais montrons-nous également capables de reconnaitre le "bon" lorsqu’il y en a.

Face à l’adversité que représente cette crise sanitaire inédite, nous retiendrons la résilience dont font preuve nos entrepreneurs, pourtant fiévreux, au travers du maintien, de l’adaptation ou de la création de leur (nouvelle) activité. Cette résilience, souvent au service de la solidarité, nous aura apporté de l’oxygène ; elle aura contribué à maintenir et à créer de la valeur pour notre économie que nous devrons maintenir sur le long terme.

Œuvrons alors à limiter les répercussions négatives de cette crise mais aussi à applaudir, soutenir et maintenir les bonnes choses qui en auront émergé.