Une opinion de Jean-François Nieuwenhuys, lecteur de La Libre.

En théorie, donner plus de place au vélo à Bruxelles a beaucoup de sens. C’est le moyen de transport pour lequel vont opter un très grand nombre d’habitants et de navetteurs dans les prochaines années et c’est une bonne nouvelle. Voyez les villes flamandes et néerlandaises.

De plus, l’emplacement géographique du bois de la Cambre permet à la Ville de Bruxelles de prendre des décisions le concernant qui n’impacteront jamais ses propres électeurs. Il est donc très simple pour le bourgmestre de Bruxelles de décider à la hussarde d’interdire subitement les voitures dans le bois de la Cambre. Pareille décision lui sera toujours politiquement et électoralement bénéfique car les riverains de ce bois ne sont pas ses électeurs. Sachant cela, le bourgmestre de Bruxelles n’a pas eu à hésiter une seule seconde pour interdire cyniquement les voitures dans un espace vert en faisant payer la note aux électeurs de la commune voisine ou, du reste, son propre parti n’a objectivement pas grande chance d’être un jour au pouvoir. Ce scénario est un scénario de rêve pour n’importe quel édile communal. Au bourgmestre cynique, est allié le candide parti Ecolo qui ignore trop souvent le développement économique (j’y reviendrai plus bas) au profit de la mobilité douce et de la qualité de vie, deux notions rendues essentielles aux yeux d’un nombre grandissant de citoyens.

La subite urgence pour les Bruxellois d’aller se promener au bois de la Cambre en pleine semaine

Sauf que... pendant 50 ou 60 ans, on a fait du Bois de la Cambre une voie de pénétration automobile pour les usagers en provenance du sud-ouest (Uccle, Rhode-St-Genèse et Linkebeek, voire même Waterloo). On peut regretter cette situation, mais c’est une réalité objective. Avant de supprimer d’autorité et du jour au lendemain la voiture dans le bois de la Cambre, le gouvernement régional et la Ville de Bruxelles devraient peut-être s’interroger sur l’offre de transport en commun en venant du sud-ouest, attendre peut-être la finalisation du RER venant de Nivelles et réfléchir enfin à un axe de métro venant d’ Uccle; faut-il en effet rappeler que seul le sud-ouest de la région bruxelloise n’est pas desservi par le métro ?

Ici malheureusement, on parvient difficilement à se défaire de l’idée que les partis dits progressistes (PS et Ecolo), à la manœuvre tant à la Ville de Bruxelles qu’au gouvernement bruxellois, voient dans cette prétendue urgence une opportunité intéressante de faire un mauvais coup à une des rares communes bruxelloises dont les habitants n’ont pas voté dans leur sens. Cela est une manière de faire de la politique bien décevante et qu’il faut dénoncer ici avec vigueur. Excusez-moi, mais peut-on m’expliquer où se trouve la subite urgence pour les Bruxellois d’aller se promener au bois de la Cambre, en pleine semaine - quand les enfants sont à l’école et qu’un grand nombre de parents travaillent - alors que la forêt de Soignes est juste à côté ? Pour les non-initiés, le bois est déjà piétonnier dans sa quasi-totalité le weekend et pendant les vacances, ce qui est très bien. Puisque des aménagements de mobilité dans le bois sont à l’ordre du jour, réfléchissons ensemble à des solutions permettant à différents mode de transports de cohabiter, plutôt que d’en exclure subitement l’un d’entre eux de façon péremptoire. La commune d’Uccle ne demande pas autre chose, et l’attitude de la Ville de Bruxelles décidant de revenir à la situation initiale de mars 2020 est, à ce titre, parfaitement lamentable.

Une "muraille d’immobilité"

Les autorités régionales et de la ville ne doivent pas perdre de vue que ce n’est pas en dressant une "muraille d’immobilité" autour de la région, coupant ainsi cette dernière de ses navetteurs, qu'elle se développera économiquement. Or, on décide de supprimer le viaduc Hermann-Debroux - très bonne nouvelle en soi pour les habitants d’ Auderghem, sincèrement bravo. On veut ensuite supprimer les voitures dans le bois de la Cambre, très bien, mais concrètement, comment les habitants du Brabant Wallon feront-ils pour venir à Bruxelles sachant que la mise en place du RER est prévue maintenant au minimum pour 2030 ? Après, faudra-t-il s’étonner que le Brabant Wallon se développe économiquement au détriment de Bruxelles ? Un peu de cohérence et de mise en perspective s'il vous plaît. Tous les milieux économiques reconnaissent la réalité de l’hinterland bruxellois s’étendant, au minimum dans les deux Brabant. La région bruxelloise est intrinsèquement liée à ses régions limitrophes avec lesquelles elle continuera à entretenir d’intenses échanges. Il faut à tous prix favoriser la mobilité douce, pour inciter un grand nombre d’automobilistes à changer leurs habitudes, sans pour autant mener une véritable croisade anti-automobile dans laquelle la région bruxelloise aura tout à perdre.