Une opinion d'Adrien Jahier, consultant et formateur en transition et communication écologique.

Avec le confinement, le recours au numérique a explosé… entraînant une pollution digitale toujours plus importante ! Selon The Shift Project, la part du numérique dans les émissions mondiales de gaz à effet de serre a déjà dépassé en 2018 celle du transport aérien. Le numérique, présenté souvent comme un moyen de diminuer son impact environnemental, est clairement remis en cause. Alors quelles solutions mettre en place dans son quotidien ? Il s’agit de tendre vers la sobriété numérique. Mais avant de proposer quelques pistes d’action, comprendre le caractère illusoire des technologies de l’information et de la communication dans leur rapport à la planète est essentiel.

Le mirage environnemental du numérique

Dès 2013, un collectif d’enseignants-chercheurs français formé par Fabrice Flipo, Michelle Dobré, Marion Michot avait explicité les deux principales illusions environnementales associées au numérique.

La première est celle de la dématérialisation : le numérique repose avant tout sur l’usage de matériel informatique (ordinateurs, serveurs, modems, imprimantes, etc.) fabriqué à partir de matières premières limitées. Il produit, à la fin du cycle de vie, des déchets forcément matériels.

La deuxième est celle du gain énergétique : le numérique met en circulation, par exemple, des écrans plats. Ils sont moins consommateurs en énergie que les vieux écrans cathodiques et sont vendus à des prix toujours plus accessibles. La contrepartie est que leur vente s’est multipliée partout dans le monde, ce qui ne compensera jamais la réduction énergétique unitaire opérée par chacun d’entre eux.

Face à ces deux illusions, petit tour de quelques bonnes pratiques de sobriété numérique, parmi des dizaines existantes, pour diminuer son impact.

Garder son équipement informatique le plus longtemps possible

Selon l’ONG WWF, fabriquer un nouvel ordinateur requiert en moyenne 240 Kg de combustibles fossiles, 22 Kg de produits chimiques et 1,5 T d’eau. Même si un ordinateur dernier cri arrive sur le marché en promettant monts et merveilleuses, il vaut mieux donc garder son vieil équipement. Si celui-ci dysfonctionne et que la réparation est impossible, privilégier l’achat d’un appareil d’occasion ou neuf reconditionné reste une bonne solution : la durée de vie d’un équipement déjà existant est alors prolongée. Il est également plus opportun de choisir une configuration la moins puissante possible, qui sera ainsi moins gourmande en énergie.

Eteindre son équipement informatique (y compris sa box ADSL)

Eteindre son ordinateur, lorsqu’il n’est pas utilisé pour plusieurs heures, tombe sous le sens. Mais quid de la box ADSL ? Selon le collectif Green-IT, lorsqu’une box ADSL et son boîtier TV sont allumés 24 h/24, ceux-ci équivalent à la consommation électrique annuelle de 5 à 10 ordinateurs portables en fonctionnement huit heures par jour ! Eteindre chaque nuit sa box ADSL et son boîtier TV a donc clairement un impact.

Limiter l’usage du cloud en 4G

Le cloud est ce nuage virtuel où sont stockées des données. L’ordinateur ne se connecte plus alors au disque dur mais fait des allers-retours constants avec des ressources informatiques réparties entre plusieurs serveurs. L’ensemble du réseau ainsi constitué consomme beaucoup d’énergie. Lorsque le cloud est utilisé, il vaut mieux alors privilégier le réseau local wifi à la 4G car ce dernier, défini pour un usage mobile, est particulièrement énergivore. Ce qui a particulièrement explosé ces toutes dernières années est la consommation de vidéos en ligne hébergées justement sur le cloud. D’après The Shift Project, regarder pendant 10 minutes une vidéo haute définition en streaming sur un smartphone en 4G est équivalant à la consommation électrique d’un four électrique de 2000W pendant 5 minutes. Quand il s’agit de regarder une vidéo en ligne, la regarder en basse résolution est le meilleur compromis afin de diminuer de 4 à 10 fois sa consommation d’énergie. En visioconférence, la webcam n’est pas le plus souvent nécessaire : le plus important est que l’on s’entende !

Se déconnecter de la vie.com…

… un véritable défi en cette période de confinement ! Déjà, en 2018, chaque belge passait en moyenne, selon une étude d’Eurostat, 2 heures et 59 minutes en dehors de son travail devant un écran. Ces presque 3 heures sont-elles maîtrisées comme chacun le souhaiterait ? Désactiver certaines notifications sur son mobile est déjà une première étape. Eviter de lire ses courriels et de consulter ses réseaux sociaux en continu durant la journée en est une autre. Revenir à l’agenda papier, plus facilement personnalisable que celui numérique, permet également de stimuler sa créativité. A la clé de ces quelques pratiques : une relation plus sobre au numérique avec une pollution digitale moindre !