Opinions

Bio express de Jacqueline Bir.

1934. Naissance à Bou-Sfer (Algérie).

1952. Elle entre au Conservatoire de Paris où elle rencontre Claude Volter.

1957. Ils s’installent à Bruxelles où elle fera l’essentiel de sa carrière. Ils fondent ensemble la Comédie Claude Volter.

En 1964, elle reçoit l’Ève du Théâtre pour Vous vivrez comme des porcs et, en 1992, une Ève d’honneur pour l’ensemble de sa carrière. Elle a défendu plus de 200 rôles, les plus grands. Elle a fait le tour des théâtres belges avec Oscar et la dame rose d’Eric-Emmanuel Schmitt, Savannah Bay, de Marguerite Duras, Virgina Woolf, Zerlina.

En 2016, elle était à l’affiche de Conversation avec ma mère, au Théâtre de la Pépinière à Paris.


Appelez-moi "Bir"

De l’extérieur, l’immeuble situé à Forest est assez austère. Une tour comme on en construisait au début des années soixante. Le bâtiment, même entouré de jardins, est froid. Les commerces qui devaient égayer le rez-de-chaussée ont fermé. Le petit épicier marocain que tout le monde aimait, est parti. Reste une coiffeuse et un bureau comptable. De quoi rendre jolie une tête et l’embrouiller. Mais du dernier étage, là où elle vit depuis plus de trente ans, la vue sur Bruxelles est saisissante. Le soir, dit-elle, c’est magique, avec toutes ces lumières qui bougent. Jacqueline Bir est là, devant moi, droite comme un "i", élégante, souriante, vêtue d’une robe chamarrée. Son antre est un repère de souvenirs. Il n’y a presque plus de place pour y poser les plus récents. C’est à la fois chargé et ordonné. D’un rapide coup d’œil, on y voit le buste, de Molière je crois, et posé sur une table basse, un cadre, surmonté d’une fleur. Dans le cadre, une photo d’un homme en pleine force de l’âge, Philippe, son fils, mort à 46 ans. Elle lui cause souvent. Normal. Tout le monde parle à ses disparus. Quand elle raconte, on a l’impression d’être au théâtre, subjugué par le jeu de cette immense comédienne de la scène belge. Le propos est clair, le phrasé est scandé, comme si elle récitait un texte. Le texte auquel elle tient tant. Mais ici, c’est le texte de sa vie. Quelle vie magnifique, parsemée de douleurs, quand même. Mais parfois, confie-t-elle, je crois que j’ai rêvé ma vie. Car elle a fait ce qu’elle voulait, c’était son choix. Elle a forcé le destin : comment une petite fille, née au milieu de nulle part, près d’Oran en Algérie, est-elle parvenue à s’extraire de sa terre, à s’inscrire à la Comédie-Française, à Paris, aux côtés des Belmondo, Rich, Cremer. Et d’un certain Volter, qui fera d’elle sa femme puis sa partenaire sur les planches. Elle l’a suivi à Bruxelles, une ville qu’elle aime, non pas pour son climat, mais pour sa force, sa modestie. La seule chose qu’il lui manque, c’est le soleil, et sa mer, Méditerranée, au bord de laquelle elle voudrait, plus tard, reposer. Au moment de partir, je la salue, "Madame". Elle répond : "Personne ne m’appelle ‘Madame’. Dites Jacqueline. Ou ‘Bir’." Je me corrige, au revoir ‘Bir’. C’est presque devenu une marque, celle des grandes dames.


L'interview

Où êtes-vous née ?

À Bou-Sfer, près d’Oran, dans une famille d’agriculteurs. Je suis une terrienne pure, au départ. J’étais fille unique, je vivais avec mes parents dans la ferme, au fin fond de nulle part. On allait au village avec la carriole et le cheval. Je suis une fille du XIXe siècle. J’avais cours de français et de latin avec le curé du village et mes parents m’initiaient aux mathématiques. Je suis allée à l’école plus tard.

Vous souvenez-vous de vos premières lectures ?

(...)