Par Robert Thomas, président de l’ONG de Police AITP (Association Internationale de Tactiques de Police), spécialisée dans l’usage de la force et les droits de l’homme - membre de l’Association Internationale des Chefs de Police (IACP)

En France, deux policiers du syndicat policier (apolitique) VIGI sont la cible de leur haute hiérarchie. Le premier avait critiqué, entre autres, certaines violences commises par des policiers ainsi que certaines combines dont l’enquête sur un commissaire divisionnaire pour violences policières par un service de contrôle interne dirigé par sa propre compagne… Après plusieurs suspensions, il a quitté la police nationale. Le second, Alexandre Langlois, secrétaire général du syndicat minoritaire de policiers VIGI, lui était révoqué de la police nationale suite à des critiques concernant l’ancien Directeur Général de la police nationale. Le DGPN actuel estimait que les dénonciations faites "jetaient un discrédit" sur la police nationale et l’a révoqué. Cette décision vient d’être suspendue par le tribunal administratif de Versailles "jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur sa légalité… ". Qu’attendre de la "Justice" quand, par exemple, il semble que la directrice de cabinet du ministre de la justice n’est autre que la compagne de l’actuel directeur Général de la police nationale ? Suis-je le seul à relever une certaine incompatibilité de fonction et confusion d’intérêt ?

L'inspecteur Eric Claessens est devenu un paria pour sa hiérarchie

En Belgique, depuis presque deux semaines, l’inspecteur Eric Claessens a entamé une grève de la faim pour protester contre sa possible révocation de la police. Ce policier bruxellois raconte : "On tombe sur un individu éméché qui urine sur la façade de l’Ancienne Belgique. On l’interpelle, on lui met les menottes. Tout va bien. L’individu est emmené à l’abri des regards dans la station de métro d’à côté, où la police dispose d’un local". Là, à l’abri des regards, l’individu est roué de coups par des policiers n’ayant pas participé à l’arrestation ! Il décide alors de prévenir son supérieur hiérarchique, et là, stupeur ! "Ce qui se fait en bas reste en bas. Tu fermes ta gueule sinon tu vas avoir des problèmes." Mais l’inspecteur décide de ne pas se taire et écrit un rapport pour dénoncer les actes. "Je deviens alors la bête noire de mon chef et de certains de mes collègues. Je m’en rends compte très vite. Alors que j’effectue une intervention face à un colosse ivre, à la gare du Nord, j’appelle du renfort par radio. Aucun de mes collègues de l’unité ne vient, personne ne vient ! ", déplore le policier. "Les pommes pourries qui s’adonnaient à ce genre de pratiques sont toujours là. Certains ont été punis mais ils ont réintégré l’unité". Son chef lui avait promis que sa vie professionnelle serait un enfer si cela sortait du commissariat, et depuis 2015, c’est le cas. Ce policier bien vu par sa hiérarchie et ses collègues jusque 2015 est subitement devenu un paria. Gravement blessé au dos pendant une intervention, il est muté temporairement d’un côté à l’autre du pays, on lui enlève son arme, on l’oblige à rester dans un bureau sans connexion wifi et sans lui donner le moindre travail ! Il risque maintenant la révocation, mais il continue à dénoncer le comportement de sa hiérarchie, principalement les deux directrices ad interim qui se relayent entre elles régulièrement pour prendre les mêmes décisions disciplinaires, et qui préfère couvrir les bavures de certains policiers plutôt que soutenir ceux qui les dénoncent. Il est en grève de la faim depuis 17 jours maintenant… Il est à noter que en 2015, dans le commissariat en sous-sol de la gare du Midi (donc le même service), deux jeunes policiers dénonçaient des faits violents et criminels sur des sans papiers (dont un jeune migrant "offert nu" comme cadeau d’anniversaire à une inspectrice qui va le rouer de coups, lui explosant les testicules, et une gamine qui aura les cheveux rasés). Cinq policiers furent condamnés au tribunal, mais les deux jeunes policiers furent victimes de multiples menaces et agressions anonymes pour avoir rompu la loi du silence. Après quelques mois et dans leur intérêt, ils furent "exfiltrés" et mutés loin de Bruxelles…

Ils règnent sur leurs troupes comme des "parrains"

Un problème général mais fondamental au sein de la police est la collégialité qui parfois se traduit par une loyauté mal placée ou une crainte de représailles de la part de supérieurs, et qui génère une véritable omerta. La police fédérale belge, comme la police nationale française, a récemment mis sur pied un service qui doit venir en aide aux policiers qui veulent signaler des abus dans leurs services ou leurs corps. "Les policiers qui sont confrontés à des dilemmes ou des questions au sujet d’abus dans leurs rangs et qui ne peuvent pas se tourner vers leurs supérieurs ou collègues pour obtenir de l’aide, pourront se tourner vers un service de confiance, pour dénoncer ces problèmes", confirme la police fédérale. Sans vouloir se rendre compte qu’utiliser des policiers pour recevoir les plaintes et enquêter sur d’autres collègues est une aberration dans tout pays démocratique et qu’aucun lanceur d’alerte ne fera jamais confiance à un tel système.

La création d’un organisme indépendant, tel que cela existe en Grande Bretagne (IOPC) et dans d’autres pays est plus que jamais d’actualité en France comme en Belgique. Combien de victimes et d’injustices faudra-t-il encore pour que les départements de police soient contrôlés démocratiquement et non plus dans les mains de certains oligarques qui règnent sur leurs troupes comme des "parrains", oubliant que l’intérêt général passe au-dessus des intérêts personnels ?