Une opinion de Jacques Liesenborghs, enseignant retraité dans le secondaire général, technique, professionnel et dans le supérieur pédagogique.

Tu parles : librairies fermées, bibliothèques fermées, écoles fermées ! Il reste à puiser dans nos rayons pour autant que nous disposions de livres à la maison. Encore des inégalités qui vont se creuser.

Notre alimentation se limite-t-elle à l’alimentaire stricto sensu ? N’y a-t-il pas lieu d’alimenter aussi nos esprits, nos imaginations ? La période de confinement ne s’y prête-t-elle pas particulièrement bien ? Il ne peut s’agir seulement de satisfaire l’appétit d’intellectuels "en manque". En général, leur bibliothèque personnelle regorge d’ouvrages savants … qu’ils n’ont pas tous lus.

Non, la lecture, c’est aussi le roman policier, la poésie, la science-fiction, la bande dessinée. Il s’agit de nous faire rêver, de réveiller notre imaginaire, de nous faire partager des aventures, des récits de voyages, des moments d’histoire, des biographies en tous genres, des itinéraires spirituels, des us et coutumes du monde entier.

Il s’agit aussi de partager des moments privilégiés de lecture avec nos enfants. La littérature jeunesse est l’une des plus vivantes qu’on connaisse aujourd’hui. De merveilleuses découvertes à faire en famille.

Voilà des formes "d’alimentation" qui mériteraient autant d’attention que les jardineries ou les magasins de bricolage, non ? Avec évidemment toutes les mesures de distanciation physique qui s’imposent aux autres secteurs.

Va sur Amazon, mon vieux …

… tu y trouveras tout ce que tu veux ! Oui, c’est exact, on peut commander des livres sur Amazon et d’autres sites de vente en ligne. C’est le moment de redire brièvement (il y aurait matière à plusieurs livres) tout le mal que nous devrions tous penser de ces monstres qui entrainent la fermeture de beaucoup de petites librairies et la fin de riches échanges entre libraires et lecteurs. A l’heure où, on l’espère, nombreux sont ceux qui retrouvent le charme des petits commerces de proximité, il devrait en aller de même pour les livres.

Refusons le chant des Amazon, Alibaba, Zalando and co ! Voilà un terrain où chacun a des responsabilités à prendre. Soit à titre personnel. Soit en (r)éveillant familles et amis. Parce que ne nous voilons pas la face : vous aurez appris comme moi que, vu l’augmentation "formidable" des commandes en ligne, ces monstres des temps modernes engagent des intérimaires par milliers. Notez que je n’ai pas parlé des conditions de travail déplorables qu’ils/elles vont découvrir.

Les éditeurs s’organisent et craignent le pire. Seront-ils entendus ? Les éditeurs belges en particulier ne pèsent pas très lourd. Ils ont et auront besoin de notre soutien.

Au-delà de mon cri du cœur pour les livres, les libraires et les bibliothèques, je lance aussi un signal d’alarme. Qui va donner le la ou imposer sa loi au fur et à mesure des décisions de déconfinement ? Des puissances économiques (voyez déjà l’automobile), des financiers … ou les citoyens et mouvements qui refusent le retour "à l’anormal" ?