Opinions

MAURICE THEUNISSEN

Médecin psychiatre Thérapeute de couples

Il est difficile, sinon impossible, de tenter de définir avec précision ce qu'est le bonheur vécu au sein du couple pour la simple raison qu'il n'existe pas un modèle du bonheur à deux, mais de multiples variétés, au même titre qu'il n'y a pas un modèle idéal du couple.

La pratique de la thérapie familiale et conjugale permet d'observer les modalités de communication au sein du couple et surtout de mieux comprendre comment les deux partenaires s'y prennent pour faire et défaire leur bonheur à deux.

Certes, les couples qui viennent en consultation sont en crise. Mais c'est justement parce qu'il y a crise qu'il devient possible de les aider à mieux identifier ce qui rend si souvent leur bonheur fragile.

En effet, le bonheur conjugal ne paraît pas être cette constante immuable et invariable telle qu'elle a été si souvent décrite dans nos sociétés judéo-chrétiennes.

On n'est pas heureux ensemble simplement parce qu'on y croit et qu'on veut l'être.

Le bonheur se construit lentement et souvent de manière chaotique dans le couple. Il est fait d'une succession de petits moments forts, chargés d'émotion amoureuse intense et de sentiment de complétude, alternant avec des périodes de passages à vide où le couple se cherche, s'affronte et où chacun des deux partenaires tente de se repositionner.

L'expérience professionnelle acquise au travers de nombreuses années de pratique de thérapie de couple montre que les couples qui paraissent les mieux se débrouiller avec leur `bonheur´ sont ceux qui pratiquent la méta-communication. Ce grand mot savant veut tout simplement dire que les deux partenaires arrivent à communiquer sur la façon dont ils communiquent.

Au lendemain d'un conflit, pouvoir échanger avec l'autre les émotions ressenties pendant et après l'événement conflictuel ouvrent le champ de la pacification et, donc, une meilleure résolution quant au fond.

Un couple restera toujours une tentative maintes fois mise en cause et maintes fois renouvelée de conciliation et de compromis entre deux personnalités forcément différentes parce que forgées dans des familles d'origine dont chaque histoire est unique.

Le bonheur du couple ne se construit-il pas finalement jour après jour, réussites après réussites, échecs après échecs.

Envisagé sous cet angle, le couple peut vivre de façon moins culpabilisante et moins dévalorisante les crises petites ou grandes qui peuvent jalonner son parcours.

Nos sociétés modernes prônent la compétition ou compétitivité en tant qu'outil essentiel de réussite et de bonheur.

A l'inverse, les couples qui réussissent à vivre heureux sont ceux qui arrivent à cultiver complémentairement des petits bonheurs, patiemment, sans se soucier d'atteindre ce grand bonheur mythique qui n'existe peut-être que dans l'imaginaire des humains.

© La Libre Belgique 2002