Une carte blanche de Liesbeth Dhaene, députée N-VA au Parlement bruxellois


Le débat sur l’abattage d’animaux sans étourdissement connaît chaque année son point culminant en septembre, à l'occasion de la fête du sacrifice musulmane. Cette fois, pour diverses raisons, il a même fait rage dans les médias flamands. Il s’agit, pour commencer, du contexte sociétal en mutation. La crise de l’asile a plus que jamais confronté notre société à des traditions religieuses qui se heurtent aux valeurs sur lesquelles celle-ci est fondée. L’abattage sans étourdissement en est l’illustration par excellence. Soit on part du principe que l’abattage d’animaux sans étourdissement est en contradiction avec une conscience éthique enracinée dans l’histoire de notre société, selon laquelle toute souffrance animale inutile est « inhumaine ». Il incombe alors aux autorités d’empêcher cette souffrance animale dans toute la mesure du possible. Ou bien on part du principe qu’une communauté religieuse dispose du droit de vivre ses traditions sans aucune forme de restriction. Et, dès lors, que les autorités ne peuvent l’empêcher, même si ces traditions heurtent les valeurs de la société dans son ensemble.

Jusqu’en 2014, les majorités fédérales successives ont autorisé l’abattage d’animaux sans étourdissement dans des abattoirs « temporaires » lors de la fête du sacrifice. Elles étaient ainsi dans l'illégalité, car l’Europe n’autorise l’abattage sans étourdissement que pour des motifs religieux et uniquement dans des abattoirs qui satisfont aux mêmes conditions que les abattoirs permanents, comme l’Abattoir à Anderlecht. Les abattoirs temporaires improvisés ne satisfont en aucune manière à ces conditions et la fête du sacrifice est d’année en année le théâtre d’une souffrance animale indescriptible.

Différences entre la politique flamande et la politique bruxelloise

En 2014, le « bien-être animal » est devenu une compétence régionale, faisant ainsi ressortir clairement les différences entre les régions. Le ministre flamand N-VA en charge du Bien-être animal, Ben Weyts, a immédiatement déclaré que la pratique illégale de l’abattage sans étourdissement dans des abattoirs temporaires devait être interdite. Ce qui a été fait. A Bruxelles, la secrétaire d’Etat CD&V en charge du Bien-être animal, Bianca Debaets, a immédiatement déclaré qu’il n’y aurait pas (encore) d’interdiction des abattoirs temporaires à Bruxelles. Et c’est également ce qui a été fait avec, à l’appui, quelques tentatives désespérées et infructueuses visant à démontrer que les abattoirs temporaires étaient effectivement légaux et/ou gérés de manière justifiée.

Après la fête du sacrifice de 2015, Ben Weyts a franchi un pas de plus lors d’une deuxième phase en se déclarant favorable à une interdiction totale de l’abattage sans étourdissement. Il a ainsi initié un débat sociétal dans lequel en particulier le CD&V s’est fortement opposé à une interdiction totale. La deuxième phase bruxelloise s’est quant à elle essentiellement caractérisée par une (très) longue recherche de la façon de permettre un abattage sans étourdissement en toute légalité à Bruxelles. Le résultat ? La Région bruxelloise assume le contrôle et le financement intégraux d’un abattoir « mobile» pendant la fête du sacrifice. Apparemment, c’est la seule manière d’avoir une fête du sacrifice qui puisse respecter les règles européennes en matière de bien-être animal.

Les politiques menées sont diamétralement opposées. En considérant l’organisation de la fête du sacrifice comme une mission gouvernementale et en la finançant sur le dos de chaque contribuable bruxellois – musulman ou non, ami des animaux ou non – Bianca Debaets franchit un pas décisif de plus que ses collègues CD&V flamands.

L’abattage sans étourdissement à Bruxelles : un acquis

Enfin, indépendamment de la question de savoir si l’organisation de la fête du sacrifice constitue une mission gouvernementale ou pas qui doit être mise à la charge du contribuable, on peut se demander ce que les différents décideurs politiques vont récolter avec une telle politique. Dès le départ, Ben Weyts a fait remarquer que la concertation avec la communauté musulmane revenait à « convaincre le ministre d’autoriser l’abattage sans étourdissement » et s’est donc résolu à prendre ses responsabilités de décideur politique. Aujourd’hui encore, il ne se cache pas qu’il va continuer à agir en faveur d’une interdiction totale, quels que soient les obstacles juridiques et politiques. Bianca Debaets déclare elle aussi viser une interdiction totale. Mais elle ne jure, depuis le début, que par la « concertation ». Le fait que cette « concertation » a débouché sur la création, par la Région, d’un cadre dans lequel s’inscrit une fête du sacrifice avec un abattage sans étourdissement et sans que l’Exécutif musulman ait pris quelque engagement que ce soit à évoluer dans le sens d’une fête du sacrifice sans abattage sans étourdissement, confirme non sans ironie la remarque de Weyts sur la concertation avec la communauté musulmane. A la différence près que la secrétaire d’Etat bruxelloise en charge du Bien-être animal a effectivement pu être convaincue d’autoriser l’abattage sans étourdissement. Cependant, la problématique va au-delà de la simple fête du sacrifice musulmane : récemment il a été révélé que dans les abattoirs de Bruxelles 100% des moutons et 35% des bovins feraient l’objet d’abattage sans étourdissement.

Le moment est à présent venu de se poser la question cruciale : Pourquoi la communauté musulmane de Bruxelles ferait encore à l’avenir des efforts vers un abattage avec étourdissement ? Plus encore, la concession de la secrétaire d’Etat Debaets crée une sorte d’acquis de la communauté musulmane vis-à-vis du gouvernement bruxellois, qui se porte garant de la possibilité d’abattre sans étourdissement pendant la fête du sacrifice. Va-t-on encore pouvoir abattre des animaux sans étourdissement en Flandre au cours des trois prochaines années ? Il y a des chances que non. Va-t-on encore pouvoir abattre des animaux sans étourdissement à Bruxelles au cours des trois prochaines années ? Tant que les animaux n’auront pas droit au chapitre, je crains fort que oui.