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Le Koninklijk Ballet van Vlaanderen (Ballet royal de Flandre) vient de célébrer sa quarantième année d’existence. Tout au long de la saison écoulée, les critiques - belges, mais aussi et surtout étrangers - ont répété que la seule compagnie belge de ballet classique, avec à sa tête l’Australienne Kathryn Bennett, a atteint le sommet absolu dans le domaine chorégraphique.

Néanmoins, à l’aube de 2010, la joie ne règne pas au quartier général de la troupe, établie à Anvers, non loin du port. L’avenir financier de cet ambassadeur artistique, que beaucoup de pays nous envient, est loin d’être brillant. Pourtant, il y a quelques semaines encore, Roslyn Sulcas, la célèbre critique du "New York Times" s’est rendue en personne à Ludwigshafen, en Allemagne, où le Ballet royal présentait "Artifact" du chorégraphe américain William Forsythe. En conclusion de son article, la critique se demandait ce que représente le ballet classique de nos jours. Selon Roslyn Sulcas, "la réponse à cette question est donnée par le Ballet royal de Flandre et M. Forsythe". Cette ode au Ballet royal de Flandre est, une fois de plus, passée totalement inaperçue chez nous.

Début 2009, le Ballet royal de Flandre a reçu, pour sa mise en scène du ballet "Impressing the Czar", également de William Forsythe, le "Lawrence Olivier Award for Outstanding Achievement in Dance", l’une des plus prestigieuses distinctions décernées à une compagnie de danse au Royaume-Uni.

La presse belge n’en a pratiquement pas soufflé mot.

En Flandre, au cours des dernières décennies, le ballet classique a subi la lourde concurrence de grandes personnalités de la danse contemporaine, telles Anne Teresa De Keersmaeker ou Wim Vandekeybus. Pendant des années, ces artistes ont monopolisé les pages culturelles des médias. Le Ballet royal de Flandre a, par exemple, été complètement oublié par le précédent ministre de la Culture, Bert Anciaux, lorsque ce dernier a augmenté de façon substantielle les moyens octroyés au théâtre et à la danse. En 2002, les subventions du Ballet royal de Flandre ont même été diminuées de 700 000 euros. Malgré un déficit de 2,3 millions d’euros, sa subvention sera une nouvelle fois diminuée en 2010. En tant qu’institution de la Communauté flamande, le Koninklijk Ballet van Vlaanderen doit participer à la réduction linéaire de 5 % des coûts.

Pourtant, grâce à la direction artistique de Kathryn Bennett qui, durant quinze ans, a été l’assistante de William Forsythe au Ballet de Francfort, une des compagnies phares de la danse contemporaine, le Ballet royal de Flandre a obtenu du chorégraphe américain le droit exclusif de mettre en scène l’une de ses œuvres-clés, "Impressing the Czar". Ce spectacle a ouvert à cette compagnie toutes les grandes salles du monde. Poursuivant sur sa lancée, le Ballet royal de Flandre a monté une autre œuvre historique de William Forsythe, "Artifact", ce qui a valu à la compagnie d’être qualifiée de summum du ballet classique par la critique du "New York Times".

La représentation d’Artifact prévue par le Théâtre national à Bruxelles n’a jamais eu lieu, tout simplement parce que le déplacement du Ballet royal aurait coûté trop cher. L’absurdité veut que cette compagnie flamande soit applaudie à Paris, à La Haye et dans bien d’autres grandes villes du monde, mais soit rarement à l’affiche en Belgique. Avec son budget qui n’atteint même pas la moitié des 13 millions d’euros du Ballet national des Pays-Bas, le Koninklijk Ballet van Vlaanderen reste un merveilleux ambassadeur de la Flandre. Mais il est vrai qu’un ambassadeur est souvent méconnu dans son pays d’origine