Quel état d’esprit adopter après cette reprise des cours partielle ? Une carte blanche, en forme de libre réflexion, de Lenny Ferretti, élève en Rhétorique au Collège Saint-Stanislas de Mons.

Nous y sommes, à cette reprise des cours… Pas idéale, pas habituelle, pas voulue dans de telles conditions, mais tout de même extraordinaire au fond.

Précisons l’importance du terme "reprise" et non "rentrée", car rien ne sera plus jamais comme avant, et que le terme rentrée coïncide avec la fin de l’été. Pour reprendre, nous allons donc devoir respecter des mesures drastiques, qui sont un test pour la rentrée de septembre. Ce n’est en effet plus un tabou : il faudra vivre avec ce virus, et la rentrée de septembre ne sera toujours pas synonyme de retour à la normale. Respecter les gestes barrières et isoler les personnes à risques sont désormais les maîtres mots.

Peu de risques, mais une question sur l'humanité

Si nous sommes ici, c’est que nous n’avons pas la peur au ventre et que nous ne sommes pas à risques. En tout cas, j’ose l’espérer ! Sinon, cela voudrait dire que les apprentissages constituent une pression qui efface certaines priorités… Je n’étais cependant pas le premier à vouloir rentrer, je le concède. Mais dans de telles conditions de sécurité, dire : “c’est risqué”, n’a à mon sens pas sa place, même si le risque 0 n'existe pas. Ceci dit, je comprends bien sûr les quelques inquiets qui ne sont pas présents ! Par contre, l'interrogation “où est l'humanité ?” persiste et a sa place dans le débat, face à la nécessité de porter un masque, de se tenir à distance, de devoir adapter sa vie sociale quasi du jour au lendemain tout en sachant que cette reprise ne concerne qu’une minorité des années et pas toutes les écoles du pays, faute de moyens ou de confiance.

En cette fin d’année, l’utilité de cette reprise hormis pour l’aspect social est donc plus que discutable… Mais… elle n'en reste pas moins extraordinaire, je disais !

Incompréhension devant la pression des enseignants

Et si nous remettions les choses dans leur contexte ? Qui aurait imaginé, en ce début d’année, qu’un virus avec un millésime venant de l'autre bout de la planète aurait totalement transformé notre mode de vie ? Personne ! Par contre, à carnaval : c’est devenu une autre histoire… Mais bon, même nos experts divergeaient ! L’heure n’est pas ou plus au procès d’intention. J’ai d’ailleurs entendu un théorème que je vous propose : au plus il y a d’experts, au moins nous comprenons.

Aujourd’hui, ce sont les retrouvailles de temps à autres ponctuées d’un brin de compréhension vis à vis de ce que tout à chacun a pu vivre. Après cette journée, il restera 8 jours… Le maître mot de La Ministre de l’Enseignement reste le lien social… Mais, en parallèle de cette injonction, il faudra aussi rassurer les inquiets en terme d’apprentissages, décortiquer ce qu’il s’est passé et se passe toujours, etc. Le tout sans mettre la charrue avant les bœufs. J’e ressens souvent en effet un goût amer quand je vois le stress chez certains élèves accompagné de la pression parfois malsaine de certains professeurs. Ce goût amer se transforme en incompréhension lorsque les professeurs continuent de mettre la pression, une fois les cours dispensés à distance et dans la situation telle que nous la vivons. “Ceux qui savent faire, font ; ceux qui ne savent pas faire, enseignent ; ceux qui ne savent pas enseigner, dirigent ; ceux qui ne savent pas diriger, supervisent”, écrit Muriel Barbery. Voilà qui caractérise la pédagogie en ligne de certains professeurs. Dans ce contexte, toute désunion entre nous, les élèves, serait une aberration.

La noblesse de l'enseignement et la philosophie de l'école

Au vu de septembre, je voudrais vous dire une vérité démontrée et avérée. Si la pédagogie en ligne n’est pas égale à celle en présentiel en terme de rendement : c’est la preuve incarnée que le métier d'enseignant exercé dans les règles de l’art comporte toujours une once de noblesse. En ce sens, si sur le plan social les grèves des années 90 ne sont en rien comparables, mais sur le plan pédagogique : oui.

Je terminerai donc par citer deux décrets. Celui du 14 mars 1995 intitulé “Ecole de la réussite”; et celui du 24 juillet 1997 nommé “La mission de l’école, c’est de faire réussir”.

Ces décrets n’ont jamais été abrogés mais ont toujours été mal compris… Et le lien que je veux faire entre ces décrets et ce que nous avons vécu est celui du changement de philosophie. Avant, la réussite était un savant équilibre entre la capacité à se poser les bonnes questions et le fait de bénéficier d'un maximum de savoirs. Désormais, nous sommes majoritairement évalués sur du savoir-faire, avec à la clé des compétences dites transversales, qui nous offrent d'être prêts à intégrer le marché du travail.

Tout au long du confinement, la capacité à se poser des questions était un exercice essentiel, mais certains professeurs ont préféré mettre l’accent sur la rentabilité des apprentissages et la volonté de clôturer un programme...

La philosophie a donc changé, mais ces décrets n’ont pourtant jamais été abrogés. Pourquoi? Forgez-vous votre avis, et rappelons-nous que si tout seul on va vite, ensemble on va plus loin !

Titre et intertitres sont de la rédaction. Titre original : "Quel état d'esprit adopter".