Une opinion de Danielle van Kalmthout, de l'Alliance pour une société sans tabac, ainsi qu'un ensemble de signataires (voir la liste complète au bas de l'article).

Alors que le coronavirus a rappelé combien le tabac était dangereux, 37 % des fumeurs reconnaissent davantage fumer qu’avant le confinement. Il est temps de mettre en place un plan ambitieux, car la Belgique ne s’investit pas assez dans la lutte contre le tabagisme.

Le coronavirus a chamboulé nos vies et souligné le rôle crucial d’un système de santé performant et d’une prévention de qualité. Personne n’a jamais autant prôné l’intérêt d’un mode de vie sain. Avant le début de la crise, 74 % des fumeurs envisageaient d’arrêter de fumer. Le coronavirus leur donne aujourd’hui un argument supplémentaire pour franchir le pas. Les fumeurs sont en effet une population à risque face à toute une série de problèmes de santé, dont le cancer, les maladies cardiovasculaires, les affections pulmonaires et le diabète. Ces maladies les rendent beaucoup plus vulnérables et multiplient le risque de symptômes graves et d’effets indésirables en cas de contamination par le Covid-19.

La pertinence du sevrage tabagique, qui n’a jamais été autant justifiée, ne se reflète pourtant pas dans le comportement des fumeurs. Au contraire. Une enquête menée par Sciensano durant le confinement révèle que 47 % des fumeurs n’ont rien changé à leurs habitudes durant la crise. Et 37 % avouent même fumer plus qu’avant.

Les fumeurs doivent être accompagnés

À l’occasion de la Journée mondiale sans tabac de ce 31 mai, l’Alliance pour une société sans tabac enjoint aux autorités publiques de ne pas oublier les fumeurs et de leur offrir l’accompagnement dont ils ont besoin pour concrétiser leur projet de sevrage. Un mode de vie sain ne relève en effet pas de la seule et unique responsabilité d’un individu. Il ne suffit pas de vouloir et de faire de son mieux - surtout en ce qui concerne le tabagisme - car fumer n’est pas un choix librement posé : c’est une addiction tenace. La première cigarette et la volonté d’arrêter de fumer sont deux actes très largement conditionnés par l’entourage. Et c’est précisément là que le bât blesse. Comme le souligne la Commission européenne, la Belgique ne s’investit pas suffisamment dans le cadre de la prévention. Il en va de même pour les Régions, dont les efforts ne suffisent pas à contrer le fléau du tabac.

Pas moins de 40 décès par jour

Aujourd’hui, les fumeurs représentent encore 19 % de la population belge de plus de 15 ans. Chaque année, dans notre pays, les maladies liées au tabagisme sont à l’origine de près de 14 000 décès, soit une quarantaine par jour ! Ces chiffres classent le tabagisme au rang de première cause de mortalité évitable. Un fumeur sur deux décède des suites de son addiction. Au cours de sa vie (généralement plus courte que la normale), il est également confronté à davantage de problèmes de santé et a une moins bonne qualité de vie. La crise du coronavirus souligne clairement et douloureusement, une fois de plus, la grande vulnérabilité des fumeurs.

Un plan ambitieux

Afin de mettre un terme aux conséquences désastreuses de l’épidémie de tabagisme, tant pour le fumeur que pour la société, il est urgent d’adopter un plan antitabac ambitieux. Aujourd’hui plus que jamais. Il s’agit, par exemple, mais pas exclusivement, d’investir dans des campagnes d’aide au sevrage et des aides pharmacologiques gratuites ou abordables pour les groupes de fumeurs défavorisés.

Seul un ensemble cohérent de mesures qui se renforcent mutuellement permettra d’éviter que l’épidémie de tabagisme continue à faire son lot de victimes. Nous avons besoin de mesures qui encouragent activement les fumeurs à cesser de fumer et qui les soutiennent dans leur démarche. Nous avons aussi besoin de mesures qui, en luttant contre les opérations de séduction de l’industrie du tabac, éviteront que de nouveaux fumeurs tombent dans la dépendance.

Le coronavirus nous montre que c’est possible

S’il y a une chose que la crise actuelle nous aura apprise, c’est qu’il est possible de mobiliser les autorités et les citoyens face à une crise sanitaire. Pour protéger la population contre le Covid-19, les gouvernements ont pris des décisions énergiques et imposé des mesures qui auraient été totalement impensables avant la crise. Il est grand temps qu’ils adoptent une attitude similaire dans la lutte contre le tabagisme. Nous espérons que les tergiversations qui empêchent les responsables politiques d’intervenir avec fermeté appartiennent dorénavant au passé et que les autorités prendront enfin les mesures qui s’imposent pour mettre un terme à l’impact dévastateur du tabac dans la société.

Liste des signataires : Cette carte blanche est également signée par Suzanne Gabriels (Fondation contre le cancer), Hedwig Verhaegen (Kom op tegen kanker), Sandrine Daoud (Ligue cardiologique belge), Caroline Rasson (Fonds des affections respiratoires - Fares), François Dekeyser (Service d’étude et de prévention du tabagisme - Sept), Pierre Bizel (Observatoire de la santé du Hainaut - OSH), Meike Pappens (Vlaamse vereniging voor respiratoire gezondheidszorg en tuberculosebestrijding - VRGT), Stefaan Hendrickx (Vlaams instituut gezond leven) et Lieve Declerck (Gezinsbond)

Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction. Titre original : "La crise du Covid-19 met en lumière l’importance d’un plan antitabac cohérent"