Une opinion de Valéry Witsel pour la Commission Justice et Paix.

Toutes les grandes crises de ces dernières décennies ont offert un espace de conquête à l’ultralibéralisme. A travers l’expression "stratégie du choc", Naomi Klein, journaliste canadienne, a montré comment le capitalisme contemporain a progressé peu à peu sur les décombres de l’effondrement de l’URSS en 1989, l’ouragan Katerina en 2004 ou la crise financière de 2008. Dans les situations de grande crise, sous état de chocs physiques ou psychologiques, les citoyens éprouvent des difficultés à défendre leurs droits face aux grandes puissances économiques et financières.

Qu’en est-il au sujet de la crise sanitaire majeure que représente la propagation du Covid-19 ? Devons-nous craindre des offensives ultralibérales à cette occasion ?

À cet égard, le lancement par Proximus de la 5G dans 30 communes de Belgique, à partir du 31 mars, est particulièrement indécent. Pour rappel, en 2019, plus de 170 000 personnes ont signé une pétition internationale contre la 5G. Le 25 janvier 2020, plusieurs centaines de personnes ont manifesté dans les rues de Bruxelles pour mettre en évidence les risques sanitaires, sociaux et écologiques majeurs du déploiement de cette technologie de télécommunication sans fil.

Destruction sociale, sanitaire et écologique

En 2020, les technologies numériques représentent plus 4% des émissions de Gaz à effet de serre, responsables du réchauffement climatique. C’est deux fois plus qu’en 2007. Par ailleurs, l’extraction des minerais à la base des équipements numériques et des objets connectés détruit un peu plus, chaque jour, des écosystèmes entiers et les conditions de vie des communautés de personnes qui vivent à proximité des sites miniers. Tout cela contribue à la destruction globale sans précédent des équilibres écologiques, laquelle entraine l’humanité entière vers des catastrophes pour lesquelles il n’existe aucun vaccin possible.

Au niveau sanitaire, plusieurs études ont montré que les ondes électromagnétiques auxquelles nous sommes exposés affectent les êtres vivants. Plus de 170 scientifiques et professionnels de la santé internationaux demandent d’ailleurs un moratoire sur le déploiement de la 5G, tant qu’une étude sérieuse et indépendante n’a pas été réalisée sur les effets des ses ondes. A l’heure où nous applaudissons en chœur les infirmiers et médecins pour leur combat admirable contre le Covid-19, nous ferions bien de considérer leur parole sur l’ensemble des enjeux de santé.

L’accélération du nombre de pandémies dans le monde, en raison notamment de la destruction des écosystèmes, devrait aussi inspirer un sursaut de sagesse chez nos responsables politiques. Au lieu de cela, avec le déploiement de la 5G, aux seuls bénéfices des grandes entreprises privées, nous gardons le même cap, en appuyant sur l’accélérateur avec ravissement. Comme pour la crise financière de 2008, avec la 5G, les bénéfices risquent d’être privatisés et les dégâts assumés par la collectivité.

Le passage en force

Par ailleurs, le timing du lancement de la 5G est particulièrement choquant. Avec cette crise sanitaire, beaucoup de personnes souffrent, soit des conséquences directes de la maladie, soit des mesures de confinement. Dès lors, en cette époque particulière, les citoyens, vulnérables, ont peu de ressources physiques et mentales pour s’opposer à cette décision.

Aussi, les mesures de confinement empêchent les personnes et les associations d’exercer pleinement leurs libres droits de circulation, d’association ou de manifestation dans l’espace public. Autrement dit, en ce moment, des piliers fondamentaux d’une démocratie sont suspendus. Nous ne remettons pas en question le confinement, il est nécessaire pour sauver des vies, mais il est scandaleux que celui-ci soit instrumentalisé pour permettre le passage en force d’une politique aussi contestable et dangereuse que le déploiement de la 5G, même sous une version "light", à travers les ondes de fréquence existantes. Si nous laissons une porte entre-ouverte aux nouvelles technologies numériques, nous savons, sur base de l’expérience de ces dernières décennies, qu’un recul en arrière sera inenvisageable.

Pour une sortie de crise vers le haut

Face à ce danger imminent, toutes les communes et citoyens concernés peuvent s’opposer au déploiement de la 5G, comme c’est le cas d’Ottignies-Louvain-la-Neuve et Wavre. Pourquoi ne pas se déclarer "commune hors 5G", à l’instar des communes "Hors TTIP-CETA", en 2016 ? Toute personne peut également signer la pétition "Non à la 5G", lancée par collectif "STOP 5G" sur leur site internet.

De manière globale, la crise sanitaire actuelle met en évidence les impasses de la mondialisation néolibérale. Elle nous offre une chance unique de construire collectivement un autre modèle de société, solidaire, écologique et démocratique. C’est également l’occasion de construire les bases d’un autre rapport à la technologie. Mais tout cela ne sera possible que si nous affichons une résistance commune aux opportunistes de "la stratégie du choc".